Marc 14.1-16.8
Le récit de Marc nous amène sans détours vers le point culminant de l’Evangile – la déclaration du centurion à l’instant de la mort de Jésus : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu » (15.39). L’évangéliste commente et expliqueD’abord, trois sections majeures expliquent le sens de la mort de Jésus : l’onction à Béthanie (14.3-9), le repas de la Pâque (14.12-25) et la prière de Jésus à Gethsémani (14.32-42). Le flacon « brisé » et le parfum « répandu » sur la tête de Jésus nous invitent à comparer le geste d’amour de la femme avec l’amour encore plus grand de Jésus dans sa mort, anticipée par le récit de la Cène où Jésus dit de la coupe : « C’est mon sang…qui est répandu pour la multitude » (14.24). Mais si Jésus annonce sa mort par l’interprétation qu’il donne au geste de la femme, il annonce aussi sa résurrection : elle embaume son corps d’avance, parce qu’après, on ne pourra pas l’embaumer (16.1) ! Quant à Gethsémani, notons qu’il s’agit de la troisième mention de la prière de Jésus dans l’Evangile (cf.1.35, 6.46) – la seule où nous l’« entendons », et la troisième fois où Jésus invite ces trois disciples à l’accompagner (cf. 5.35-43, 9.2-10). La comparaison avec les deux autres occasions nous fait entrevoir la résurrection après l’épreuve de la mort où Jésus boira « la coupe » qui lui revient selon la volonté du Père (cf. 10.38-39, Es 51.17-23, Jr 49.12, Ps 75.9).
Trahison et fuite Se trouvent intercalées à ces textes de petites sections évoquant le complot des grands prêtres, la trahison de Judas, la fuite des disciples et le reniement de Pierre – infidélités annoncées par Jésus (14.18-21, 26-27, 30-31 cf. 8.31, 9.31-32, 10.32-34) et qui se réalisent très rapidement (14.50-52, 66-72). Le « jeune homme » qui fuit, lui aussi, « nu » (14.52), pourrait représenter tout disciple qui veut suivre Jésus sur le chemin. Le mot pour le drap qu’il laisse est le même que pour le drap mortuaire de Jésus (15.46) et nous rencontrons encore un « jeune homme », le matin de la résurrection, « vêtu, cette fois-ci, d’une robe blanche » (16.5-7). Les Douze n’apparaîtront plus dans l’Evangile après le reniement de Pierre sauf dans le message de ce « jeune homme » confié aux femmes au tombeau : « …allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée » (16.7 cf. 14.28).
La mort libératrice
Jésus se trouve donc seul, abandonné de tous, sur son chemin vers la croix. Seul il boit la coupe et donne sa vie « en rançon » (10.45). Il est « emmené » vers sa mort (15.1, 6, 20), passivité qui étonne Pilate (15.5) et qui évoque également Esaïe 53. Cependant, il est entouré par « la multitude » d’hommes pieux et pécheurs, juifs et païens, unis dans leur moquerie et le disant tous « Roi des Juifs » - jusqu’au moment où un seul centurion se détache de tous et déclare que ce crucifié est « Fils de Dieu ».
Car, par sa mort, la rançon est payée (15.33 les ténèbres, voir Ex 10.22, Am 8.9-10) et le voile du sanctuaire est déchiré (15.38).C’est la fin du temple et le début de l’Evangile du libre accès à Dieu en Jésus-Christ. Par sa mort et sa résurrection, Jésus rassemble maintenant les hommes « dispersés » (le centurion, Joseph d’Arimathée, les femmes…) et précède ses disciples en Galilée, là où il les a appelés…
Katie Badie