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Accueil Etudes Marc 3 - Des yeux qui ne voient pas

Le récit des grands miracles de la section précédente (4.35-5.43) appelle le lecteur de l’Évangile à reconnaître en Jésus Dieu, le tout-puissant Créateur, et à passer de l’étonnement à la foi. Cependant, c’est l’incrédulité qui caractérise cette section. A Nazareth, où Jésus est connu comme le charpentier, l’étonnement devant l’autorité de Jésus tourne à l’offense et c’est Jésus qui s’étonne devant le manque de foi des gens de son pays (6.6). Ainsi, le rejet à Nazareth suivi du récit de la mort de Jean-Baptiste, celui qui préparait le chemin du Christ, jette l’ombre de la croix sur la suite des événements.

Anticipant donc son rejet par les hommes, Jésus envoie les disciples poursuivre sa mission (6.12-13, cf. 1.14-15). Après une première expérience « réussie » (6.30-31), l’incapacité des disciples à aller plus loin devient inquiétante. Ils ne peuvent donner à la foule à manger (6.37), surtout ils n’en ont pas la foi, et ils ne voient pas non plus ce que les deux miracles de multiplication des pains signifient. Jésus dit d’eux ce qu’Esaïe disait du peuple d’Israël endurci, « Vous avez des yeux et vous ne voyez pas ? » (8.14-21, cf. 4.12).
Que devaient comprendre les disciples à partir de la multiplication des pains ? Notons que le premier miracle est suivi d’un signe pour les disciples seulement. Jésus les rejoint dans le bateau (de l’incrédulité, 6. 52, cf. 4.40, 8.17) en marchant sur la mer (6.45-52). Marc s’attend à ce que nous ayons ici quelques clés de lecture venant de l’Ancien Testament. Nourrir le peuple dans le désert et traverser la mer nous rappellent Moïse[i]. Puis, Marc identifie Jésus comme le Berger de la foule (6.34)[ii]. Ce sont des thèmes qui renvoient à l’espérance des prophètes d’un Nouvel Exode, conduit par le Christ (Esaïe 43, 48, 49, Jérémie 31, 33). La multiplication des pains est donc signe de l’identité de Jésus comme le Messie annoncé. Le lecteur attentif de l’Évangile y verra aussi dans la description du pain rompu (6.41 cf. 14.22) un signe de sa croix. Et pourquoi une deuxième multiplication ? A partir de la rencontre avec la femme syro-phénicienne qui demande des « miettes » de la table des enfants, Jésus poursuit sa mission en terre païenne. La deuxième multiplication est donc en faveur des païens[iii]. Cela montre que Jésus est le Christ qui vient pour la « rédemption »[iv] et du peuple d’Israël et des païens. D’ailleurs, la section d’enseignement de Jésus sur le pur et l’impur qui sépare les deux multiplications (7.1-23)[v] commente le bien-fondé de cet élargissement de sa mission et nous montre de quel esclavage Jésus vient nous délivrer, celui de la souillure du cœur (7.21-23).
Les disciples devaient comprendre alors que Jésus était le Christ. Mais ils n’en voient encore rien (8.14-21). Heureusement que le Christ est celui qui fait voir les aveugles et entendre les sourds (7.37 cf. Esaïe 35.5). C’est par l’interpolation du récit de la guérison d’un aveugle (8.22-26) que Marc nous fait comprendre que la déclaration de foi de Pierre, « Toi, tu es le Christ » (8.30) n’est autre qu’un très grand miracle.
Katie Badie
Pasteur à l'EEL Paris


[i] Ex 14, 16, Nb 11.
[ii] cf. Nb 27.15-17, Ps 23.1, Ez 34 etc.
[iii] le nombre de corbeilles de restes, 12 pour le premier miracle (chiffre du peuple) et 7 pour le deuxième (chiffre des nations) est symbolique et Jésus insiste dessus (8.19-21).
[iv] La rédemption est le langage de l’Exode, voir Exode 6.6.
[v] A comparer avec la vision de Pierre dans Actes 10