Néhémie IV - Néhémie, l’homme d’un réveil
On se souvient, Néhémie est l’homme d’un rêve, celui de reconstruire la muraille de Jérusalem, mais au chapitre 8 il semble que notre homme se met à rêver un peu plus fort, un peu plus loin, du côté d’un réveil…
Le rêve d’un réveil
Et le réveil arrive en même temps qu’apparaît Esdras, le prêtre qui a précédé Néhémie de plus d’une dizaine d’années dans la ville de Jérusalem. Néhémie le gouverneur semble d’ailleurs s’effacer devant le théologien spécialiste de la Loi mais on le sent pas loin derrière (8.9). Néhémie, le fonctionnaire-visionnaire, le laïc-passionné, l’homme de prière et de combat semble avoir tout préparé pour un réveil spirituel. Au delà de la muraille et des portes de la ville, le rêve était bien de faire de ces bâtisseurs occasionnels des adorateurs du Dieu vivant.
Quand le réveil vient
Cette communauté se rassemble, « comme un seul homme » (v.1), à la porte des Eaux pour écouter la lecture de la Loi. Le réveil commence avec la (re)découverte de la Parole toujours actuelle de Dieu. Et parce qu’ils ont été préparés par l’exemple et le leadership inspiré de Néhémie, parce qu’ils ont vu que « la main de Dieu était sur lui », le peuple écoute avec une attention toute nouvelle la révélation de la volonté de ce Dieu qui fait de grandes choses ici et maintenant. L’attention est vraiment soutenue, pour preuve le verset 3: « Les oreilles de tout le peuple étaient vers le livre.» On croit rêver : hommes, femmes, enfants écoutent pendant près de 6 heures, excusez du peu !
Deuxième élément remarquable dans cette réunion en plein air : le soin apporté à la communication de la Parole. Les organisateurs ne veulent manifestement pas d’une récitation dans le vide. Tout est fait pour que les Ecritures soient comprises par tous. On pense à la sonorisation (une estrade est montée), à la traduction (un des sens possibles du mot « distinctement » v.8), aux explications (v.8 et 9). Tout doit être « distinct » (accessible ?) pour que chacun puisse vraiment saisir la Parole et en être à son tour saisi.
Le résultat est d’ailleurs saisissant : l’adoration (v.6), les pleurs (v9), la joie aussi (v.12), la repentance (chapitre 9), plus tard un engagement solennel (chapitre 10), et encore la louange et la joie: « Et l’on entendait de loin les cris de joie qui retentissaient à Jérusalem» (12.43). Nul doute possible, le réveil est bien là. On se croirait quelque part en Nouvelle Angleterre avec Jonathan Edwards. Mais nous sommes bien à Jérusalem avec Néhémie.
Après le réveil.
Cependant un nuage apparaît dans cette belle histoire de réveil. Fidèle à ses engagements auprès de l’empereur, Néhémie retourne à Suse et à son premier emploi après 12 ans passés à Jérusalem. Il y reste à peu près un an puis revient chez les siens. Retour gagnant ? Pas tant que ça. Néhémie constate plutôt les dérives « Je m’aperçus du mal qu’avait fait Eliashib…je le pris très mal » (13.6-7). Néhémie va comme à son habitude mettre toute son énergie à redresser la barre : « J’en frappai quelques-uns » (13.25) ! Mais malgré ses capacités de réaction restées intactes, on peut imaginer qu’il ait ressenti comme une pointe de déception. En tous cas, la leçon est claire pour lui comme pour tous les réveillés du monde : un réveil n’est jamais tout à fait acquis. Il faut sans cesse veiller au réveil !
Eric van der Does