Néhémie I, l’homme d’un rêve
On se souvient du fameux discours de Martin Luther King Jr. et de sa non moins célèbre formule « I have a dream ». Je ne peux résister à l’envie de mettre les mêmes mots dans la bouche de Néhémie. Car lui aussi fait un rêve et quel rêve, celui de voir reconstruites les murailles et les portes de Jérusalem.
Rien ne prédispose pourtant cet homme à avoir de telles divagations oniriques.
Il est tranquille à Suse, à la cour du roi le plus puissant de l’époque, Artaxerxès Ier, empereur du formidable empire perse du 5ème siècle. Néhémie y est goûteur de vin. Certes, il peut mourir empoisonné mais sa place est malgré tout très enviable. Il a, sinon la sécurité de l’emploi, la confiance du roi. Et puis, il est en exil comme un poisson dans l’eau. Il y est né, il parle araméen, utilise des expressions locales (« le Dieu des cieux » 1: 4,5 ;2 :4…serait une formule typiquement perse). Enfin Néhémie n’est pas spécialement religieux. Esdras qui l’a précédé 13 ans plus tôt à Jérusalem, était prêtre et scribe mais Néhémie ne peut revendiquer que le statut de simple « laïc ».
Alors pourquoi rêver si loin, pourquoi rêver si fort ? Pourquoi prendre tout simplement le risque de rêver ?
On ne le sait pas ! Le texte ne dit comment les rêves saisissent un homme. Mais il nous dit que Néhémie bien tranquille dans sa cave à vin s’intéresse à ce qui se passe à Jérusalem « Je les questionnai au sujet des juifs et au sujet de Jérusalem » (1 :2). Et il semble bien que tout parte de là, de l’intérêt pour ce qui se passe là bas, au loin, là où Dieu à choisi de faire résider son nom (1:9)
Après l’intérêt, il y a la sensibilité. Quand son parent Hanani lui parle du malheur de Jérusalem et de sa population, Néhémie ne peut tenir debout « Lorsque j’entendis ces paroles, je m’assis, je pleurai et pendant plusieurs jours je pris le deuil. » (1 :4). C’est dire combien, malgré la distance, la nouvelle du déshonneur de la cité de Dieu, le touche au plus profond. Il reprendra plus tard, dans son discours cette expression : le déshonneur en 2 :17. Il semble bien que son rêve se nourrisse également de cette capacité à s’émouvoir pour la cause de Dieu et de son peuple.
L’intérêt, la sensibilité…à partir de là le rêve prend forme.
Non vraiment, à part peut-être son nom (Néhémie veut dire « Dieu réconforte ») rien ne prédisposait ce fonctionnaire à rêver de la gloire de Dieu à Jérusalem. Mais il a rêvé, et Dieu aime les rêveurs. « La bonne main de Dieu était sur moi » aime-t-il répéter (2:8;18)
Au fait, do you have a dream ?
Néhémie un doux rêveur ?
Néhémie rêve soit, mais s’agit-il pour autant d’un doux rêveur ?
Pas vraiment, car son rêve va tout doucement, on pourrait même dire prudemment se mettre en place. Le rêveur passionné par la gloire de Dieu à Jérusalem va attendre plusieurs mois (trois ou quatre) avant de parler au roi. Malgré l’émotion, Néhémie ne devient pas pour autant un dangereux illuminé. Patiemment, le rêveur prend ses dispositions, il prie et attend l’occasion. Et elle arrive ! Un beau jour, l’empereur entrouvre la porte et Néhémie, malgré toute sa prudence de fonctionnaire soumis, la saisit humblement « S’il plaît au roi et que son serviteur a sa faveur… » (2 :5). Et il fait bien, les empereurs de l’époque, à l’instar de Cyrus, sont extrêmement tolérants pour les cultes des nations sous leur contrôle (plus pour des raisons politiques que philanthropiques, faut-il le préciser). Néhémie part donc pour Jérusalem, avec lettres de recommandation, escorte de sécurité et gros moyens financiers.
Néhémie rêve mais il rêve debout, les pieds bien sur terre !
Rêveur et leader
Mais ce n’est pas encore assez. Le rêveur doit maintenant se transformer en leader. Parce qu’un rêve de cette ampleur ne peut être rêvé tout seul. Il doit être partagé. Une fois à Jérusalem et après avoir fait l’évaluation des dégâts (encore un signe de sa prudence), il se lance dans un discours à haut risque. Il s’agit de convaincre une population démoralisée et apeurée de se joindre à son rêve. Et quand le discours se termine, un discours pas démago pour un sou, on attend le résultat. Il dépasse les attentes « Levons nous et bâtissons » disent-ils, et pour ne pas être en reste « Ils se fortifièrent dans cette bonne résolution » (2 :17)
Plus de doute possible, Néhémie savait motiver ses troupes. Il était un rêveur doublé d’un formidable leader. Et c’est un mélange détonnant « la muraille fut reconstruite en 52 jours » (6 :15) Quel type ce Néhémie !
Aujourd’hui et sous nos latitudes, le mot leader n’a pas toujours bonne presse. D’abord parce qu’il n’est pas français, ensuite et surtout parce qu’on craint qu’il ne cache un dangereux gourou démago et mégalo de la pire espèce.
C’est sûr, les risques de dérapages sont nombreux, mais, malgré cela, ne faudrait-il pas aujourd’hui espérer voir sortir de nos rangs des rêveurs/leaders de la trempe de Néhémie ?
Des hommes et des femmes à la fois sensibles et passionnés par la gloire de Dieu dans le monde, prêts à sortir de leur cave pour rêver debout et partager leur rêve avec ceux qui les entourent ?
On peut toujours rêver !
Eric van der Does
pasteur de l'EEL d'Orléans
pasteur de l'EEL d'Orléans