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Etudes Les frères ennemis : Esaü et Jacob (3/3)

La haine entre les deux frères s’est attisée au point qu’Esaü veut tuer son frère. Rébecca convainc Isaac d’éloigner Jacob, mais en jouant sur l’ambiguïté des motifs.
Dieu aurait très bien pu laisser tomber cette famille dans laquelle il semblait impossible d'intervenir sans se compromettre. Puisque vous ne parvenez pas à vous entendre, puisque vos bénédictions sont entachées de vices de forme aussi graves que la dissimulation et la tromperie, moi, je ne peux plus m'occuper de vous, débrouillez-vous sans moi !

Un projet clair au sein de la confusion
Dieu, nous le savons, s'est impliqué dans cette affaire si mal engagée et dans laquelle tout le monde avait tort. Nous savons comment il apparaît à Jacob pour lui confirmer qu'il le considère bien comme l'héritier de la promesse faite à Abraham : « Je suis l'Eternel le Dieu d'Abraham ton père, le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai... Ta descendance sera innombrable comme la poussière de la terre... Toutes les familles de la terre seront bénies en toi... Voici je suis moi-même avec toi, je te garderai partout où tu iras et je te ramènerai dans ce territoire ; car je ne t'abandonnerai pas avant d'avoir accompli ce que je te dis » (Gn 28.13-15).
Dans cette situation embrouillée, compromise par les initiatives malhonnêtes des uns et des autres, Dieu prononce des paroles claires, des promesses nettes qui assurent un avenir, alors que tout jusqu’à présent ne tendait qu'à le compromettre. Dieu en effet a un projet qui se réalisera par la naissance du peuple d'Israël, par le choix de David, par la venue dans ce monde de Jésus-Christ notre Sauveur.
Ce projet, Dieu ne renonce pas à le réaliser, même au travers d'une histoire si trouble.
Voilà qui ne doit certainement pas nous encourager à vivre dans le trouble, à compliquer les situations par des initiatives malhonnêtes, mais à placer notre espérance, toute notre espérance, non dans la clarté des situations, mais dans la grâce de notre Seigneur qui peut, dans toute situation, nous accompagner pour faire triompher sa volonté bonne, agréable et parfaite, qui peut faire concourir toutes choses à sa gloire et à notre bien véritable.
Le triomphe de la volonté de Dieu dans la vie de Jacob n'est peut-être pas très facile à percevoir, car cette vie commencée sous le signe de la lutte et de la ruse se poursuit dans les luttes et les ruses. La conclusion même de Jacob sur son existence est qu'elle a été mauvaise (Gn 47.9). Il y a des victoires, des progrès signalés en particulier par le changement de nom de Jacob en Israël, le conflit entre Jacob et Esaü s'apaise, les deux frères ennemis se réconcilient et pleurent dans les bras l'un de l'autre. Mais ils resteront pourtant séparés et constitueront deux peuples différents.
Ce n’est qu’à la génération suivante que l’histoire nous offrira le tableau d'une famille réunie par la réconciliation intervenue entre Joseph et ses frères.
Grâce surabondante
Nous avons jusqu'à présent perçu dans cette succession de frères ennemis, Caïn et Abel, Isaac et Ismaël, Jacob et Esaü, une aggravation, une accentuation de ce mal qui frappe d'abord l'humanité, puis la famille élue, puis dans la famille élue deux jumeaux. Nous pouvons porter sur cette succession des frères ennemis, un autre regard, sensible à la grâce. Si, d'un exemple à l'autre, le mal apparaît toujours plus profond, les conséquences ultimes en sont d'un exemple à l'autre, atténuées.
La première confrontation aboutit à un meurtre. La seconde à une séparation des deux frères, qui apparemment ne se sont plus rencontrés et ne se sont jamais réconciliés. La troisième, aboutit elle aussi à une séparation, mais, avec cependant une réconciliation touchante entre les deux frères qui demeureront séparés. La quatrième, celle qui oppose Joseph à ses frères, et qui prenait elle aussi le chemin du meurtre, s'achève par une réconciliation de toute la famille dont les douze frères ne se sépareront plus en douze peuples différents, mais pourront constituer les douze tribus d'un seul et même peuple.
Au crescendo du mal, répond ainsi le crescendo de la grâce qui annonce l'œuvre parfaite du Fils.
Membres de la nouvelle alliance, nous pouvons contempler ce crescendo, nous en avons vu l'achèvement dans la mort et la résurrection de notre Sauveur. Nous qui sommes devenus frères par la réconciliation ainsi opérée, puissions-nous vivre de cette réconciliation, non pas en frères ennemis, mais en frères réunis et réconciliés par l'amour du Père, la grâce du Fils et la communion de l'Esprit.
Emile Nicole
Pasteur EEL
doyen de la FLTE de Vaux sur Seine