Petits prophètes : Sophonie
Sophonie, nom courant dans l’A.T. (hébreu Tsephan-Yah) signifiant L’Eternel a protégé. Le prophète exerce son ministère sous le règne de Josias (640-609). La longueur inhabituelle de la généalogie jusqu’à Ezéchias, sa connaissance des agissements à la cour (1.8,9) et ce qu’en dit la tradition rabbinique, plaident pour son ascendance royale. Vu les reproches du prophète envers Juda, la réforme entreprise vers 625 par Josias (2 Ch 34) n’a pas encore eu lieu et il est probable que Sophonie ait positivement influencé ce jeune roi. Beaucoup s’accordent pour situer sa prophétie entre 630 et 625.
Le jugement divin : de Jérusalem à la terre entière (1. 1 à 3. 8)
L’entrée en matière est abrupte, les termes rappellent la décision divine d’envoyer le Déluge (Gn 6.7) : Dieu annonce qu’il va supprimer toute vie sur la terre entière. Puis il s’en prend à Juda et Jérusalem, pourtant aimés de lui. Pourquoi ? Parce qu’ils pratiquent une religion syncrétiste et universaliste qui joint 4 formes du divin : 1° Le culte des forces de la vie et de la fécondité, au travers de Baal, 2° Le culte de l’ordre universel assuré et représenté par les astres, qui se pratique sur les toits des maisons (Jr 19.13), 3° Le culte de Yahvé, qui a donné la victoire à son peuple lors de l’Exode, 4° Le culte du dieu garant de la vie politique, au travers de Milkom, divinité ammonite (1 R 11.5). Ces 4 aspects du divin proviennent d’horizons divers (Canaan, Mésopotamie, Israël, Ammon) et traduisent l’universalisme religieux des habitants de Jérusalem. Or Yahvé englobe à lui seul tous les domaines du divin. Rendre un culte séparément aux divers aspects du divin, c’est déserter Yahvé (v.6).
Le prophète réclame pour l’Eternel le silence empreint de crainte que l’on marque devant un souverain qui va faire connaître sa décision (Za 2.17). Dieu va abattre et préparer des victimes en vue d’un festin sacrificiel et consacrer ses invités à ce festin (1.7). Mais où sont les animaux qu’il prépare et qui sont les invités ? Les victimes seront… les ministres et les princes dont les vêtements trahissent les pratiques païennes ; les personnalités qui se plient aux coutumes idolâtres ; les magistrats qui remplissent le palais royal de violence et de fraude ; les commerçants de la ville neuve qui crieront, mais non pour vendre (1.10, 11) ; et les habitants de la vieille ville que Dieu dénichera avec des lampes et qu’il surprendra dans leurs doutes métaphysiques et leur autosuffisance matérielle.
Le Jour de l’Eternel, jour de l’intervention divine annoncée, est ensuite personnifié (1.14-18), prenant les traits du Divin Guerrier : il s’approche, se hâte, fait entendre ses cris, attaque les tours fortes, enserre tous les hommes et fait table rase de la terre entière avec tous ses habitants. En frappant Jérusalem, au syncrétisme religieux universaliste, l’Eternel frappera la terre entière. Cependant, dans sa compassion, un appel retentit à l’adresse du petit peuple : recherchez Yahvé et sa volonté et vous serez épargnés ! (2.1-3).
De fait, le prophète annonce la désolation (2.4-15) aux nations voisines de l’ouest (Philistins, Cananéens), de l’est (Moab, Ammon), du sud (Kouchites ou Egyptiens) et du nord (Assyrie), donc aux 4 points cardinaux. En 3.1-8, les reproches faits à Jérusalem peuvent s’appliquer à tous les hommes, aussi, la colère divine s’étend-elle à toutes les nations. Jérusalem n’est-elle pas, aux yeux de Dieu, le miroir de l’humanité, pour le mal comme pour le bien ?
Le salut divin : de Jérusalem à la terre entière (3. 9 à 20)
Comme chez les autres prophètes, le Jour de l’Eternel est à la fois jugement et salut. Salut pour tous les invités au festin divin (1.7). Venant de tous les peuples à Sion, les adorateurs de Dieu aux lèvres pures mettront un terme à la division de Babel (Gn 11.9). Ils se joindront au reste fidèle d’Israël pour se réjouir du pardon divin, pour se réfugier dans le nom de l’Eternel et pour partager l’allégresse que donne la certitude de l’amour de Dieu – ce Dieu qui, par le Christ, rassemble en un seul troupeau ses enfants dispersés (cf. Jn 10.16 ; 11.52).
Maurice Hadjadj