L’Epître de Jacques VII
La prière dans l’Epître de Jacques
Jacques écrit à une Eglise divisée par des discriminations sociales et des luttes de pouvoirs ; il exhorte pourtant ces chrétiens à prier, non sans les avoir encouragés à la repentance (4,7-10) et à se confesser mutuellement leurs fautes (5,16). Le but de la prière est-il vraiment d’éliminer toute souffrance de la vie chrétienne, faute de quoi elle serait forcément un échec ? Jacques commence sa lettre en affirmant fortement que la souffrance est nécessaire à la maturation de la foi (1,2-4). Il la termine en exhortant celui qui souffre à prier (5,13) et l’Eglise à l’entourer par la prière (5,14).
Commencer par demander la sagesse (1,5)
Le chrétien n’échappe pas à la souffrance mais il peut prier: « Si l'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu qui donne à tous généreusement et sans faire de reproche, et elle lui sera donnée. » (1,5 NBS). On retrouve ici l’idée présente dans les évangiles de Dieu comme d’un père généreux qui donne de bonnes choses à ses enfants (Mt 7, 11) ou… le Saint-Esprit (Lc 11,13) . Or Jacques nomme le Saint-Esprit « sagesse d’en-haut » (3,17). Demander la sagesse c’est certainement demander l’aide de l’Esprit, particulièrement « quand nous savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières » (Rm 8,26).
Prier, ce n’est pas seulement demander (4,3)
Jacques fait état de prières non-exaucées mais venant de personnes dont l’engagement spirituel est bancal : des « âmes partagées » (4,8) . Ces personnes ont une sorte de théologie de la prospérité, et limitent leur prière à :« Dieu, fais moi plaisir » (4,3). Jacques leur explique que prier, ce n’est pas seulement demander, c’est vraiment s’ « approcher de Dieu » (4,8), dans l’humilité (4,6) et se purifier du mal (4.8). Dieu n’exauce pas la prière de l’orgueilleux mais « il donne sa grâce aux humbles » (4,6)
Prier, c’est manifester la communion (5,14)
Jacques invite le malade à ne pas rester isolé mais à demander la venue et la prière des responsables de l’Eglise. En venant à son chevet, ils rappellent physiquement au malade qu’il fait partie du corps qu’est l’Eglise, et en l’oignant d’huile, signe de consécration, ils lui rappellent qu’il appartient à Dieu. Si la maladie isole, le péché sépare de Dieu et des frères. Jacques envisage cette éventualité pour le malade « s’il a commis des péchés » mais aussi pour ceux qui viennent prier pour lui : « Reconnaissez donc vos péchés les uns devant les autres » (v.16 NBS). Si nécessaire, ils doivent se pardonner mutuellement avant de pouvoir prier. La souffrance pousse à la prière et la prière oblige à vivre dans la vérité et l’amour.
Prier, c’est mettre sa foi en pratique (5,14-18)
Jacques insiste sur l’efficacité de la prière: la prière « faite avec la foi sauve le malade » (v.15 Semeur) . « Elle a beaucoup de force, la prière du juste, elle est agissante » (v.16 trad. litt.). Ce « avec la foi » interroge. Jacques a déjà opposé la foi au doute (1,6). Cependant le doute qu’il dénonçait n’était pas une simple hésitation mais l’instabilité de celui qui ne s’est pas vraiment engagé avec Dieu (1,8 ; 4,8).
La foi n’est pas ici un don spécial mais la confiance de base de tout chrétien. De même que la foi sans action n’est pas la foi (2,14), prier sans foi serait comme demander quelque chose à Dieu sans se confier en lui.
Que veut dire Jacques quand il parle de la prière d’un juste (v.16) ? Faut-il être spécialement « juste » pour être exaucé ? Non, le juste c’est le chrétien (5,6 ; 1 P 3,12) qui confesse ses péchés (v.16 ).
L’insistance de Jacques à lier, si nécessaire, prière et confession des péchés, est en accord avec l’Ecriture : « Si quelqu’un se détourne pour ne pas écouter la loi, sa prière même est en horreur à Dieu. » Prov 28,9 (Semeur). Jacques donne en exemple Elie, tout en affirmant qu’il était comme nous (v.17). Elie était aussi un pécheur : « je ne suis pas meilleur que mes pères » ( 1 R 19,4 ) mais il « pria avec insistance » (Semeur) et Dieu lui répondit. Car c’est Dieu qui agit, le malade, c’est le « le Seigneur [qui] le relèvera» (v.15).
Le vocabulaire de Jacques étonne : la prière de la foi « sauve » le malade (v.15) et se reconnaître pécheur « guérit »(v.16). Logiquement on inverserait les termes. Certains se sont demandé si l’auteur n’avait pas en vue le salut final plutôt que la guérison physique car le verbe « relever »(v.15) est celui utilisé pour la résurrection dans les Evangiles. Mais Jacques vise un effet « immédiat » et son langage est celui de Jésus quand il dit au malade : « ta foi t’a sauvé » Mc 5, v. 34 ou « lève-toi » Mc 5,41. Finalement Jacques n’unirait-il pas la guérison du corps (corps-Eglise aussi) et de l’âme, comme dans les Evangiles où les guérisons sont signes du salut. Salut déjà là, mais dont nous attendons le plein accomplissement ; comme le dit justement la note de la Bible d’étude du Semeur : « Toute prière pour la guérison trouvera un jour son exaucement lors de la résurrection des morts ».
A lire:
Joël Richerd « Atelier sur l’efficacité de la prière » Théologie Evangélique vol.1 n°1,2002 , pp.81-89.
Un excellent outil pour une étude biblique sur ce sujet difficile!
Luc Olekhnovitch