L'Epître de Jacques VI
Pauvres et riches dans l’épître de Jacques
Contexte
L’épître de Jacques est riche… de diatribes contre les riches ! Polémique dirigée à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur de l’Eglise. Certains pensent que les attaques internes visent les riches chrétiens qui, parce qu’ils sont bienfaiteurs de la communauté, en deviennent les patrons… c’est tout à fait vraisemblable[1]. La polémique contre les riches oppresseurs de l’extérieur peut viser les riches propriétaire terriens de l’aristocratie sadducéenne qui opprimaient les pauvres journaliers chrétiens du double point de vue économique et religieux. Ces critiques de Jacques pourraient d’ailleurs être l’une des causes de son exécution en l’an 62 à l’instigation du grand prêtre Hanan.
Dans l’Eglise du Christ, les derniers sont les premiers (1,9-11 et 2,1-12)
Dès le début de sa lettre, Jacques rappelle le renversement opéré par le Christ :
« Que le frère de condition humble se glorifie de son élévation. Que le riche au contraire (se glorifie) de son humiliation. » (1,9-10). Le mot « frère » au début de la phrase et la symétrie montrent bien qu’il s’agit de riches et de pauvres dans l’Eglise.
Le pauvre en recevant la grâce du Christ devient riche (cf. 2 Cor 8,9), le riche, lui, subit une perte car il doit abandonner la confiance en ses richesses et reconnaître leur caractère périssable. C’est pourquoi Jacques est indigné de retrouver dans l’Eglise (2,1-4) une telle discrimination sociale. On y méprise le pauvre (2,3), on néglige ses besoins (2,15). Or négliger le pauvre (2,19) c’est comme commettre un meurtre (2,11). Les chrétiens sont pourtant eux-mêmes victimes à l’extérieur de l’Eglise de ces riches sadducéens qui blasphèment le Christ et les traînent devant les tribunaux (2, 6), les mettant ainsi en danger de mort car on devait y jurer au nom de l’Empereur (l’interdiction de jurer (5,12) y fait peut-être allusion). Jacques parlerait-il d’un salut par la pauvreté ? Mais il dit bien que le royaume est promis « à ceux qui l’aiment » (2,5). L’amour de Dieu et du prochain doit aussi triompher du jugement (2,13)… social .
Hommes d’affaires, restez modestes ! (4,13-17)
Ce passage vise certainement des commerçants chrétiens s’enrichissant grâce aux échanges commerciaux avec l’Empire Romain. Chrétiens, car ils auraient dû dire « si le Seigneur le veut » et reconnaître que cette prospérité aussi est vapeur (allusion à l’Ecclésiaste : « vanité » se traduit aussi « vapeur » en hébreu). En 4,14 le raisonnement est très proche de 1,10-11. Ce qui est mauvais, c’est de s’enorgueillir de ses succès (v. 16) ; en revanche, les richesses donnent la possibilité de faire le bien, s’en abstenir serait pécher (v.17).
Malheur aux riches, bienheureux les pauvres ! (5 :1-12)
Dans ce chapitre Jacques retrouve l’accent des prophètes de l’AT (Amos 8 :4-8) et de Jésus (Mt 6,19 ; Lc 6,24) pour s’adresser à ces riches propriétaires qui frustrent les ouvriers agricoles de leur salaire, contrevenant ainsi à la Loi : « Tu ne retiendras pas chez toi la paye d’un salarié jusqu’au lendemain » Lv 19,13. Ces exploiteurs tuent : « Vous avez condamné, vous avez assassiné des innocents, sans qu’ils vous résistent. » (5,6 Semeur ; « le juste » étant à prendre comme un collectif). Pourtant Jacques n’exhorte pas ces ouvriers à la révolte mais à prendre comme modèles de patience et d’endurance les prophètes et Job (5,10) « jusqu’à l’avènement du Seigneur » (5,7) qui, lui, leur rendra justice. Ils seront alors bienheureux les pauvres fidèles « ceux qui ont tenu ferme » (5,11).
En guise de conclusion
J’ai lu récemment ceci : « Mais quand allez-vous finir par abandonner votre vieille morale qui vous pousse à vous porter constamment au secours des faibles, des blessés et des pauvres ? » Ce n’est pas Nietzsche qui vitupère la morale judéo-chrétienne, mais un économiste américain qui écrit à un collègue français[2]. « Si quelqu’un sait faire le bien et ne le fait pas, il commet un péché » dit Jacques…