L'Epître de Jacques V
Jacques 2.14-26 : Des actes ! Pas des paroles seulement !
Contexte
A première lecture, Jacques dans ce passage semble s’opposerà Paul et au salut par grâce. On a parfois tenté de l’expliquer en disant queJacques parle de sanctification et non de justification. Pourtant Jacques parledu jugement dernier qui sera impitoyable pour celui qui n’a pas exercé lamiséricorde (v.13, cf. Mt 25), du salut ( v.14) et de justification (vv. 22 et 25). Mais ilfaut tenir compte du contexte : les même mots prononcés dans un autrecontexte prennent un autre sens. Jacques adresse une exhortation pratique à unecommunauté judéo-chrétienne endormie dans le conformisme social. Paul fait unexposé théologique pour amener des judéo-chrétiens de Rome à ne plus sejustifier par les œuvres de la loi. Il est significatif qu’on ne trouve chezPaul aucune trace de polémique contre Jacques et que Jacques soit trèspaulinien quand il dit : « Carquiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devientcoupable envers tous. » (2.10) ce qui sous-entend que la loi ne peutjustifier (cf. Gal 3.10) . JoachimJeremias résume ainsi la différence : « Paul parle de foi chrétienneet d’œuvres juives ; Jacques de foi juive et d’œuvres chrétiennes ».
La foi, ce n’estpas que des paroles (14-16)
La foi, ce n’est pas que des paroles. Une« telle foi » (Semeur v. 14) « peut-elle sauver» aujugement dernier évoqué au v.13 ? La réponse est non. Il ne suffit pas de« dire » (« à quoi bon dire » v.14 ; « leurdise » v.16 ; la discussionrhétorique du v.18 « mais quelqu’un dira ») quand il faudrait« agir » pour le pauvre. Dans une Eglise où l’on méprise le pauvre(2.3), il n’est pas étonnant qu’on néglige ses besoins (2.15) et si l’onrapproche les vv. 11 et 19, Jacques semble assimiler la négligence du pauvre àun meurtre. L’opposition parole/action introduit à la question : cettefoi-bavardage est-elle vraiment la foi ? Jacques y répond dans les versetssuivants.
Une foi morte ou une foi inexistante ? (v.17 et v.26)
La version « Parole de Vie » donne deuxintertitres intéressants à ce passage : « Croire sans agir faitmourir la foi » (vv. 14 à 17) et« la foi n’existe pas sans les actes » (vv.18 à 26). Mais on ne peutfaire mourir ce qui n’existe pas ! Or elle traduit bien le v.17 :« si tu crois en Dieu mais si tu n’agis pas, ta foi est complètementmorte » ; non pas elle va mourir, mais elle est morte. Le grec dit « en elle-même » pour insister,elle est archi-morte ! En somme Jacques dit à son interlocuteur : « Tuas une croyance en Dieu ? Et alors, les démons aussi ! mais ce n’est pas lafoi ». Une « telle foi » est absence de foi comme l’absence del’âme fait que le corps est mort (v.26). Abraham et Rahab ont au contrairemontré une foi bien vivante.
Abraham et Rahab drôle de couple (2.21-25)
Les deux exemples que donne Jacques forment un coupleétonnant : Abraham qui était prêt àsacrifier son fils Isaac et une prostituée Rahab qui a sauvé la vie des espionshébreux. Vraiment si Jacques avait une théologie des mérites et des bonnesœuvres, il aurait dû choisir d’autres modèles ! Mais ce choixn’est-il pas significatif ? Abrahama été justifié par un acte de foi . Rahab la méprisée, non-juive etprostituée, joue la même fonction que le bon Samaritain chez Jésus : fairehonte à ceux qui proclament leur foi en Dieu mais qui n'agissent pasconcrètement pour le prochain. Jacques oppose à la foi-croyance orthodoxe juive« il y a un seul Dieu » (v.19) la foi-confiance d’Abraham qui aboutit à une relation vivante avecDieu : « il fut appelé ami de Dieu ». Ce terme « d’ami deDieu » ne livre-t-il pas d’ailleursla clé pour lire « justifié »en terme de communion plutôt qu’en terme juridique (acquitté au tribunaldivin) ? Le v.22 montre que la division foi et œuvre (v.18) est absurde,elles
Avouons-le, le danger que Jacques dénonce, réduire la foi àun pur discours, ne nous guette-il pas ? Ce portrait d’une Eglise où l’onest plus préoccupé des luttes de pouvoir (3.1) que du pauvre, où l’on a un langage très pieux tout en pratiquant ladiscrimination sociale, ne nous interpelle-t-il pas ? Un proverbe espagnoldit : « la foi sans les œuvres c’est comme une guitare sanscordes » ! Comme une guitare sans cordes, à quoi sert la foi si ça nesert (à) personne ?
Luc Olekhnovitch
pasteur