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Accueil Etudes L’Epître de Jacques IV

Il y a parole et paroles
Selon Jacques il y a parole et paroles. Remarquez qu’avant de mettre en garde contre les paroles nuisibles (ch.3.), Jacques rappelle la Parole source de vie et guide pour la vie (1.18-27) et termine sa lettre par l’évocation de paroles qui guérissent (5.13-20).

La Parole qui donne la vie

Dieu a le pouvoir de créer la vie par sa parole: « Il nous a engendrés… par la parole de vérité. » (1.18 ). Cette « parole de vérité », c’est l’Evangile (cf. Col 1.5 ; Eph 1.13.). Mais cette parole pour vivifier doit être reçue dans un double mouvement simultané de rejet du mal et d’humble réception de la volonté de Dieu (1.21). Recevoir ce qui a déjà été « planté » paraît illogique mais « recevez » a ici le sens « d’obéissez ». La Parole est donc non seulement source de vie mais aussi règle de vie. L’image de la parole implantée fait d’ailleurs fortement penser à Jér 31.33 : « je mettrai ma loi au dedans d’eux ». Le parallélisme entre « écouter la parole » 1.23 et « regarder la loi » 1.25, montre que, quand Jacques dit « Parole », il pense aussi loi, une loi qu’il appelle « loi de liberté » sans doute pour la distinguer de la loi rituelle juive. Il définit cette « loi royale » comme étant l’amour du prochain (2.8). Notez qu’il recommande non seulement d’agir mais aussi de parler selon cette loi d’amour qui débouche sur la « miséricorde » qui « triomphe du jugement » (2.12,13). La fonction critique de la Parole-miroir (1.23), qui nous rappelle nos propres manquements à la loi, devrait empêcher que nous nous érigions en juges par nos paroles : « frères, ne vous critiquez pas les uns les autres… » (4.11 Semeur). Examiner nos paroles au miroir de la Parole devrait nous éviter de prononcer des mots qui tuent.

La parole qui détruit

Jacques parle à plusieurs reprises de la nécessité pour le chrétien de maîtriser sa langue (1.26 ; 3.2). Il explique par les images du gouvernail et de la bride que diriger sa langue c’est diriger sa vie (3.3,4). Je suis personnellement frappé de l’effet rétroactif de la parole prononcée : dire du bien nous encourage à faire le bien, alors que dire continuellement du mal débouche sur l’inaction et la division. La description que donne Jacques du péril de la langue est impressionnante : « la langue …est un feu, elle est le monde de l’injustice…elle souille tout le corps et embrase tout le cours de l’existence, embrasée qu’elle est par la géhenne. » 3.6. Dire que la langue soit à elle seule « le monde de l’injustice »…paraît exagéré mais l’enseignement de Jacques suppose connu celui de Jésus pour qui «ce qui sort de la bouche provient du cœur, et c’est ce qui rend l’homme impur. » Mat 15.18. Jacques épingle également l’inconséquence de l’homme religieux qui bénit Dieu et maudit l’homme fait à l’image de Dieu, ce qui rappelle la sévérité de Jésus quant aux insultes (Mt 5.22 cf. Eph 5.4). Le pessimisme du v.8 « aucun homme ne peut la dompter » étonne après ces appels à maîtriser la langue. C’est sans doute une manière de dire que dans ce combat on ne peut rien sans l’aide de Dieu qui fait « grâce aux humbles » mais qui demande notre engagement : « Soumettez-vous donc à Dieu; résistez au diable, et il fuira loin de vous. » (4.7).

Le chapitre 3 pourrait presque laisser croire que, pour être vertueux, il suffit de se taire ; or il y a des paroles qui font vivre et ne pas les prononcer serait aussi un péché (cf. 4.17) !

La parole qui guérit

Car s’il y a des paroles qui rompent les liens avec Dieu et avec le frère, d’autres renforcent ces liens : la prière, le chant (5.13 ), le fait d’oser demander de l’aide (5.14), de reconnaître ses torts et de mutuellement se demander pardon : « Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. » et même la parole à un frère qui s’égare est source de salut et de guérison (5.19-20).

Luc OLEKHNOVITCH