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Le baptême

dossier2« Voici de l’eau, qu’est-ce qui empêche que je ne sois baptisé ? » (Ac 8. 37) Certaines questions dérangent, mais d’autres font bondir le cœur de joie. Derrière la question de l’eunuque éthiopien à Philippe, il y a une demande humble, celle d’un cœur touché par la grâce de Dieu : maintenant, Philippe, je demande à être baptisé.Pourquoi ? Comment ? Où ? À quoi ça sert ? Quelle est la réalité profonde qui est signifiée dans ou par le baptême du croyant ?En traitant de la question du baptême dans le cadre de ce dossier pouvait-on espérer des convergences fortes ? Disons le net, et d’entrée de jeu : OUI ! Les différents articles qui forment ce dossier ne sont pas animés par un esprit de controverse, mais cherchent à dire simplement le sens de ce signe que le Seigneur lui-même a institué dans son Église : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit… » (Mat 28:19)

Le baptême selon Romains 6:3-5

Romains 6:3-5 contient des paroles fortes sur le baptême. Des paroles qui cristallisent le débat sur son efficacité. En effet, le texte établit un lien entre le baptême et la mort du Christ : c’est un baptême « en sa mort ». La question se pose donc : comment s’établit ce lien ?
Plusieurs positions se dégagent
Le baptême, signe et sceau de la grâce reçue par la foi. Cette position affirme que le rite opère, par lui-même, l’union au Christ mort et ressuscité, du moment qu’il trouve, quelque part, la foi pour le recevoir. Par son baptême, le baptisé, qui peut être un nourrisson, serait plongé dans la mort du Christ et il en recevrait tous les fruits. Luther, sur ce point, ne se différencie guère de la position catholique. Il suffit que la foi se trouve dans l’entourage : les parents du bébé, l’Église (1). Calvin pensait nécessaire d’affirmer la présence de la foi chez le nourrisson, grâce à l’action extraordinaire de Dieu suscitant les prémices d’une foi devant se confirmer par la suite (2).Aux yeux d’un baptiste cette position est insuffisante car il y manque la foi libre et consciente du baptisé. Il existe deux positions baptistes :Le baptême, signe de la foi qui reçoit la grâce. On doit cette position au théologien britannique G.R. Beasley-Murray (3). Elle maintient une efficacité au rite baptismal tout en affirmant avec force la nécessité de la foi libre et consciente du baptisé. C’est cette foi, où s’exprime la repentance, et elle seule, qui active l’efficacité du sacrement. Foi et repentance introduisent le croyant dans l’union au Christ ; quant au baptême, il vient conclure la réalité de cette union. Le baptême est donc l’occasion unique pour Dieu de sceller dans la vie du croyant son œuvre de grâce. Le baptême, signe de la foi qui a reçu la grâce. La plupart des baptistes refusent de conférer une quelconque efficacité au rite baptismal. L’immersion n’est qu’une image, un symbole qui montre de façon visible ce que la foi seule a déjà reçu de manière invisible : « seule la foi reçoit et retient le Christ » (4). L’acte baptismal n’est rien d’autre qu’un témoignage postérieur rendu à la foi qui, elle seule, a permis au croyant d’être uni à la mort et la résurrection du Christ.
Notre texte permet-il de trancher dans ce débat ?
Il importe d’abord de rappeler le contexte : l’objectif de Romains 6 est de montrer que la vie chrétienne implique une rupture avec le péché. Si l’on peut affirmer que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (Rm 5:20), il ne s’ensuit pas que le chrétien puisse se maintenir dans le péché pour provoquer un déferlement de la grâce sur sa vie. En effet, le chrétien est mort au péché (v.2), il n’en est plus esclave (v.6). Ces affirmations fortes encadrent nos paroles sur le baptême. Pourquoi le baptême implique-t-il cette rupture avec le péché ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’un baptême « dans le Christ » et plus précisément « dans sa mort » (3-4). Or la mort du Christ est aussi une mort par rapport au péché (v.10) (5). Par là il faut comprendre que, par sa mort, le Christ a atteint la puissance du péché (v.9). En étant baptisé dans la mort du Christ, le chrétien est baptisé dans l’acte qui a mis un terme à l’empire du péché. Il ne peut donc plus en être l’esclave. Au contraire, il est dans une dynamique de vie et de victoire par rapport au péché ; il peut désormais marcher en nouveauté de vie.Le verset 5 illustre cela. Il parle de l’union du croyant au Christ à partir de l’image de la greffe. Le greffon devient une même plante avec l’arbre sur lequel il est greffé. Semblablement nous avons été greffés au Christ ; nous devenons ainsi une même plante avec lui par la ressemblance à sa mort au péché et aussi par la conformité à sa résurrection. La conséquence devrait être évidente : le chrétien est mort au péché et il entre dans une vie nouvelle.
Toute la question est de savoir si c’est le baptême qui opère cette greffe. Le texte ne le dit pas clairement. Les versets 3 et 5 font pencher dans ce sens. Ils affirment que l’immersion est baptême en sa mort, comme si, en étant plongé dans l’eau, le baptisé était plongé dans la mort du Christ, greffé à elle pour en tirer les effets bénéfiques6.Mais le verset 4, en comparant le baptême à l’ensevelissement (7) avec Christ, met une distance entre le baptême et la mort du Christ d’un côté ou encore la mort au péché de l’autre. En effet, l’ensevelissement ne produit pas la mort (heureusement !), il l’entérine seulement. Lorsque le Christ a été enseveli, il était déjà mort. De même, lorsque le baptisé est « enseveli avec Christ par le baptême » il est déjà mort au péché. Le baptême devient le moment qui manifeste que cette mort a bien eu lieu et qu’elle est irréversible.
La foi confessée
Alors notre texte tranche-t-il la question ? Les versets 3 et 5 me conduisent à penser que la position qui voit seulement dans le baptême un signe de la foi qui a reçu la grâce ne dit pas assez fortement le lien entre la réalité signifiante (l’acte baptismal) et la réalité signifiée (l’union à la mort et à la résurrection du Christ). Le verset 4, par contre, m’oblige à repousser la proposition du baptême comme sceau de la grâce reçue par la foi, qui confond trop les deux réalités. De plus le contexte, qui parle de la nécessaire rupture avec le péché, semble indiquer que l’apôtre avait en tête des croyants qui avaient consciemment choisi de se faire baptiser, donc pas des petits enfants. Ne reste-t-il alors que la position 2 ? Ce n’est pas certain. Je me laisse volontiers convaincre par les arguments développés par H.Blocher et repris par A.Nisus (8). Le baptême n’est pas d’abord le moment où Dieu scelle son œuvre de grâce, puisque cela a déjà été fait antérieurement. Il est d’abord le moment où le croyant proclame et confesse sa foi. Cependant il ne la confesse pas au passé, en disant j’ai cru et j’ai été sauvé. Il la confesse au présent car il sait que cette nouvelle confession de foi, comme celle qu’il fit un jour dans le secret de sa rencontre avec Dieu, lui permet de saisir tout à nouveau l’œuvre de la grâce divine pour sa vie.
Stéphane Guillet, pasteur de l’Église évangélique baptiste de Tours (FEEBF)
1 Cf. son « Prélude sur la captivité babylonienne de l’Église », Œuvre 1, bibliothèque de la Pléiade, 1999, p 772.
2 Calvin, Institution Chrétienne IV/XVI, 19-20. 
3 Son point de vue est résumé par A.R. Cross, « Foi-baptême », dans Les cahiers de l’école pastorale, 54/2004, pp 3-21.
4 A.H. Strong, cité par H. Blocher, La doctrine du péché et de la rédemption, Vaux-sur-Seine, 1983, p 227.
5 Ce verset a suscité des interprétations diverses. Voir S. Bénétreau, L’épître de Paul aux Romains, tome 1, Vaux-sur-Seine, p 176.
6 Ainsi le comprenait Calvin, Institution, IV/ XV,5.
7 L’ensevelissement évoque de manière claire l’immersion.
8 A. Nisus, « le baptême comme confession », dans Les cahiers de l’école pastorale, 54/2004, pp 22-33 ; avec référence de l’article d’H. Blocher à la note 10.

Le Baptême en questions

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément... Nous avons donné la parole à quelques pasteurs qui ont répondu en toute simplicité aux questions suivantes à propos du baptême. 

D’après vous, pourquoi se faire baptiser quand on est chrétien ?

Ralph Frauchiger : Parce que le Seigneur nous y invite. Parce que le NT, notamment les écrits de Paul, y attache une grande importance. Donc par obéissance. Mais pas seulement. C’est aussi une démarche formidable de redire sa consécration, son attachement au Christ et d’en témoigner. Et puis, nous avons besoin en tant qu’humains, vivant en société, de ce genre de rites (de passage) qui marquent les grands moments de notre vie.
Roger Lefèvre : Si la personne est chrétienne, elle comprendra que le baptême est le signe de sa soumission et de sa dépendance à l’œuvre de salut que le Christ a vécu pour elle par substitution. Elle rendra témoignage par ce signe de l’engagement de sa conscience et de son obéissance.
Philippe de Pol : C’est une pratique de purification reprise par Jésus et transmise à l’Église comme rite de passage (entrée dans l’Église). La symbolique qui y est développée (immersion, aspersion ou affusion) permet de professer publiquement, en acte et en parole, une décision personnelle (conversion) et une grâce toute intérieure (don de l’Esprit). L’inscription dans le temps et en un lieu permet d’avoir un point de repère identifiable dans le cheminement du chrétien, particulièrement pour ceux qui ont vécu une conversion progressive.
Pierre Lacoste : Et d’après toi, pourquoi jouerait-on du violon quand on est violoniste ? Parce que c’est dans la nature du musicien de jouer ! C’est dans la nouvelle nature du chrétien que d’entrer dans la vie du Christ et d’y marcher tout au long de sa vie. Le baptême n’est pas une étape mais un état permanent de la vie en Christ.
Vincent Miéville : C’est un commandement du Seigneur ! C’est aussi l’occasion de témoigner publiquement de sa foi et de placer un repère fort au début de sa vie chrétienne.

A votre connaissance, à partir de quel moment peut-on demander à se faire baptiser ?
Ralph Frauchiger : Quand on croit au Christ. Avec un minimum de conscience par rapport à l’engagement que la foi implique.
Roger Lefèvre : Dès que le demandeur a une conscience personnelle du sens du baptême sans craindre une réaction négative de l’entourage.
Philippe de Pol : La réponse est dans la question : il faut pouvoir le demander ! Ce qui laisse de côté le baptême des nourrissons. En pratique, il est difficile de mettre une moyenne d’âge. Il m’est arrivé de discuter avec un jeune qui pensait qu’il fallait être majeur pour être baptisé parce qu’il n’avait vu jusque-là que des baptêmes d’adultes ! La pratique montre que dès l’âge de 8 ans une demande de baptême est tout à fait possible.
Pierre Lacoste : Dès que l’on a conscience d’appartenir à Jésus-Christ. Cela peut venir tôt. L’âge de raison chez les juifs pour la maturité religieuse est fixé à 13 ans, mais selon les cas cela peut se manifester plus tôt. Tout est question de conviction !
Vincent Miéville : Dès le moment où on peut avoir une foi claire et la capacité d’en témoigner publiquement. Il n’y a donc pas à déterminer un âge précis.

A quoi sert la préparation au baptême ?
Ralph Frauchiger : C’est un bon moyen de faire le point sur ce que l’on croit et pour mieux connaître celui en qui on croit. En somme, c’est du catéchisme.
Roger Lefèvre : À fixer la démarche. Donner l’occasion de faire le point sur la connaissance des fondamentaux de la foi. Évaluer le sérieux et la profondeur de la démarche.
Philippe de Pol : Elle sert à se préparer au baptême, tout simplement ! Au-delà de la boutade, je récuse cette sorte de passage d’examen qu’est la préparation que l’on fait subir à ceux qui demandent le baptême pour être sûrs que leur demande est fondée, que leur foi est réelle. Le baptême, ce n’est pas le BAC, c’est l’entrée en maternelle de la vie chrétienne. L’édification de la foi vient après, en vie d’Église, pas avant le baptême…
Pierre Lacoste : Comprendre le sens du baptême chrétien au travers des textes bibliques qui l’expose. Cette catéchèse est indispensable. Elle permettra au baptisé de rendre témoignage au Christ et non à lui-même au moment de prendre la parole en public !
Vincent Miéville : C’est l’occasion de s’assurer que le futur baptisé confesse bien une foi personnelle en Jésus-Christ et qu’il a bien compris la signification du baptême. Je ne suis pas partisan d’interminables préparations qui pourrait laisser entendre que le baptême serait un « diplôme pour bon chrétien ayant fait ses preuves » !

Quel souvenir avez-vous gardé de votre baptême ?
Ralph Frauchiger : Pas de souvenir, car baptisé enfant (eh oui, personne n’est parfait).
Roger Lefèvre : Un jour heureux et mon engagement dans une vie de foi sérieuse.
Philippe de Pol : Un sacré acte de foi, compte tenu de ma timidité, j’avais alors 16 ans. Je me suis jeté à l’eau ! Je me souviens du verset qui m’a alors été donné, et qui a orienté mon ministère par la suite : « Ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse. N’aie donc pas honte du témoignage à rendre à notre Seigneur… » (2 Tm 1:7-8).
Pierre Lacoste : Lequel ? J’ai été baptisé deux fois ! Bébé, au temple réformé où j’ai dû pleurer comme tous les bébés qu’on asperge d’eau froide ! Et adulte où j’ai failli pleurer aussi tant ce « re-baptême évangélique » fut une vraie catastrophe ! Sans préparation biblique ni accompagnement pastoral, j’aurais sans doute mieux fait d’en rester à la première version !
Vincent Miéville : Pas beaucoup de souvenirs précis sinon l’impression que mon témoignage n’était pas très bien préparé, presque improvisé. Du coup, maintenant quand je fais une préparation au baptême, je mets l’accent sur l’importance du témoignage et je prends le temps d’accompagner le futur baptisé dans la préparation de ce témoignage.

Propos recueillis par : Paul Achille Efona, pasteur de l’EEL de Gaubert

Des idées qui noient !

« Les idées fausses sont les plus partagées, les plus tenaces, également. Et, en matière de religions, elles ne sont pas seulement sources de préjugés, mais aussi, et trop souvent, d'intolérance.» (1) Attention, certaines idées noient !!!
Pour être sauvé, il faut nécessairement être baptisé(e). Vrai ou faux?
L’idée que le baptême est nécessaire au salut n’a jamais fait l’unanimité parmi les chrétiens. Saint-Augustin par exemple a fortement soutenu la nécessité du baptême pour le salut en s’appuyant sur la parole de Jésus à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » (Jn 3:5). D’autres passages bibliques semblent abonder dans le sens de cette thèse, il vaut mieux les avoir sous les yeux : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » (Mc 16:16)
« Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. » (Act 2:38)
« Cette eau était une figure du baptême, qui n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu, et qui maintenant vous sauve, vous aussi, par la résurrection de Jésus-Christ » (1 Pi 3:21)
Ces textes affirment-ils vraiment la nécessité du baptême comme instrument dont Dieu se sert pour nous régénérer, donc nous sauver, comme certains le pensent ? En fait, rien n’est moins sûr ! La naissance d’eau dont Jésus parle à Nicodème peut être comprise comme une allusion à l’œuvre de l’Esprit qui opère une transformation intérieure, la nouvelle naissance. Comme la suite du passage le laisse voir, ce qui compte c’est d’abord cette œuvre de l’Esprit !
Quant au passage tiré de la finale de Marc (problématique par ailleurs !) (2), ce qui est nettement souligné c’est le lien entre la foi et le baptême. Là aussi, la priorité est donnée au croire, et si le baptême est mentionné, c’est parce qu’il est le signe extérieur visible d’une réalité profonde : le changement du cœur.Le baptême en soi ne réalise pas ce qu’il représente, et les paroles de l’apôtre Pierre ne disent pas le contraire : « Cette eau était une figure du baptême, qui n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu. » Cette bonne conscience vient de la foi, et c’est elle qui, conformément à l’enseignement apostolique nous sauve : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu. » (Eph 2:8)
Sans mépriser la valeur du baptême, disons clairement que notre salut n’en dépend pas ! « Héritiers à la fois des réformés et des baptistes »(3) notre Union affirme que seule l’union spirituelle à Christ, mort et ressuscité, qui s’établit par la foi, sauve !
Pour participer à la cène il faut être baptisé (e). Vrai ou faux ?
À qui s’adresse le repas du Seigneur ou la cène ? De l’avis de certains, le repas du Seigneur est un acte communautaire qui s’adresse aux seuls baptisés ou plus exactement aux présumés baptisés. La démarche à la base est somme toute très simple : on constate que dans le N.T. la multitude de ceux qui croyaient au Christ se faisaient baptiser, étaient incorporés dans l’Église où ils prenaient ensuite part au repas du Seigneur. Partant de là, certaines Églises ont fait du baptême le critère sine qua non de participation au repas du Seigneur. Le baptême peut à n’en pas douter faire office de repère visible, un peu à la manière d’un révélateur, il manifeste de manière évidente notre appartenance au corps du Christ. Un témoignage historique va dans ce sens : « Que personne ne mange ni ne boive notre eucharistie, si ce n’est les baptisés au nom du Seigneur ; car c’est à ce sujet que le Seigneur a dit : Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens »(4) Ce témoignage des chrétiens, déjà au premier siècle, illustre bien qu’en pratique, la réalité est souvent complexe. Il n’est pas rare de voir des personnes baptisées qui ne prennent pas part au repas du Seigneur et à l’inverse, des personnes non baptisées qui viennent à la table du Seigneur. Par ailleurs, nous ne pouvons pas perdre de vue que parmi des non-baptisés il peut y avoir des régénérés, tout comme parmi les baptisés il peut y avoir des personnes non régénérées ! Dès lors, et en l’absence d’un soutien scripturaire clair, est-il légitime de faire du seul baptême un critère sine qua non de participation à la cène ?Voici ce que déclare l’apôtre Paul : « Que chacun donc s’examine sérieusement lui-même et qu’alors il mange de ce pain et boive de cette coupe. Car celui qui mange et boit sans discerner ce qu’est le corps se condamne lui-même en mangeant et en buvant ainsi… » (1 Co 11:29-30). Face aux dérives de la cène corinthienne, Paul ne met pas l’accent sur le rite baptismal comme critère ; il ne demande pas à chacun d’examiner la foi ou la sincérité de la démarche de son voisin ; il ne recommande même pas aux responsables de l’Église de jouer aux inspecteurs ecclésiastiques. De cela, rien ! Paul insiste sur la réalité d’une foi qui croit à la valeur du sacrifice offert par le Christ, qui discerne son corps livré à la croix et son sang versé pour la rémission de nos péchés, qui discerne également son corps rassemblé et visible localement, dans les relations avec nos frères et sœurs en Christ. Que pouvons-nous dire de plus que Paul, sinon rappeler à chacun sa responsabilité individuelle en l’espèce : « Que chacun donc s’examine soi-même. »
Le baptême est un acte qui ne peut être répété. Vrai ou faux ?
La pratique du « re-baptême » a historiquement divisé les protestants. Déjà au 16e siècle, Calvin a vigoureusement combattu les arguments de ceux qu’on appelait avec un certain mépris les anabaptistes, rebaptiseurs. Ces derniers en effet prônaient un nouveau baptême de ceux qui avaient été baptisés enfants, selon la pratique catholique romaine. L’un des textes souvent cité en faveur du « re-baptême » concerne le récit des disciples d’Éphèse que Paul baptisa au nom du Seigneur (Act 19:1ss). Mais on peut se demander s’il est bien question ici d’un cas de « re-baptême » ou non ? Certains répondent positivement, d’autres avec Calvin répondent négativement.Dans la pratique et quelle que soit notre conviction sur ce point, souvenons-nous que le seul baptême valable et absolu est celui que le Christ a accompli une fois pour toutes à la croix.« Ne savez-vous pas que nous tous, qui avons été baptisés pour Jésus-Christ, c’est en relation avec sa mort que nous avons été baptisés ? » (Rom 6:3-4).
Paul Achille Efona, pasteur de l’EEL de Gaubert

(1) Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur les religions, Albin-Michel, Paris, 2002, 280 p.
(2) Les versets 9-20 du dernier chapitre de Marc sont en effet absents des manuscrits les plus importants
(3) Classeur de l’UEEL, fiches pastorales n°4, p.97
(4) La Didachè, chapitre 9, §5

Le baptême dans une perspective libriste

S’il n’existe pas de théologie libriste du baptême, cette question est particulièrement révélatrice de l’état d’esprit de l’Union, exprimé dans la formule devenue fameuse « la fidélité dans la largeur ».

Fidélité 

L’Union est fidèle à la parole de Jésus qui a institué lui-même le baptême chrétien sur la base de son œuvre de salut à la croix, qu’il qualifie de baptême (Luc 12:50). « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28:19). Nos textes de référence imposent que les Églises qui veulent faire partie de l’Union doivent pratiquer le baptême comme institution du Seigneur. Et c’est ce qu’elles font !

Largeur

Le cœur de la pensée libriste, concernant le baptême comme toute autre question, est de s’attacher à la réalité spirituelle plutôt qu’à la manifestation extérieure de cette réalité. Si le baptême constitue une question importante, elle n’est pourtant que secondaire. Pour reprendre la formule classique définissant un sacrement, « signe visible d’une grâce invisible », le baptême n’est que le signe matériel d’une réalité essentielle, celle de notre union avec Christ dans sa mort et sa résurrection. L’essentiel est la conversion, la nouvelle naissance d’en haut, du Saint Esprit ; le baptême vient en second, comme signe physique de cette expérience spirituelle décisive.

Mode

Partant de là, notre Union ne s’est pas enfermée dans des considérations excessives au sujet des formes du baptême. S’agissant de la quantité d’eau à utiliser, liberté est donnée aux Églises de pratiquer le baptême par immersion ou par aspersion, sans imposer une seule et unique forme. Cette liberté me semble devoir être maintenue, quand bien même la très grande majorité de nos Églises pratiquent aujourd’hui l’immersion. J’ai moi-même été baptisé par aspersion, et je me félicite qu’on ne m’ait jamais obligé à me replonger dans le grand bain. Si l’un des symboles du baptême est celui de la purification spirituelle des péchés, en comparaison avec la purification des souillures du corps, on peut se laver au moyen d’une douche aussi bien que par un bain.

Époque

Pour ce qui est de l’âge du baptême, nos textes indiquent « qu’aucune exigence touchant l’époque de son administration ne sera imposée pour l’admission des membres » (C 12). Sage précaution sans doute pour une union naissante qui au départ était composée pour partie d’Églises pratiquant le baptême des enfants et pour partie d’Églises pratiquant le baptême des adultes. Depuis des décennies maintenant, plus aucune Église libre ne baptise les nourrissons, et la règle non écrite est celle du baptême des adultes. Malgré ces évolutions sur le mode et l’époque du baptême, nous ne sommes pas pour autant devenus des Églises crypto-baptistes ! Libristes nous demeurons dans l’exigence mise sur la profession personnelle de la foi pour être admis comme membre  de nos Églises.

Obéissance et grâce

Rappelons que le baptême est le commencement de la vie chrétienne et non une récompense de maturité spirituelle. Disons également que ce geste n’a rien de magique, même si une bénédiction s’attache à tout acte d’obéissance accompli en conformité avec la Parole de Dieu. Le baptême, dans le geste physique comme dans la parole de profession personnelle de la foi qui l’accompagne obligatoirement, est un témoignage rendu à la grâce de Dieu, toujours première, toujours surprenante, toujours suffisante. C’est de cette grâce que nos Églises veulent être les témoins.

Raymond Chamard, pasteur de l’EEL de Marseille

Un baptême à Yaoundé

En plein cœur de Yaoundé la capitale du Cameroun, près de la « Maison de la Radio », se dresse fièrement un édifice couleur rose et blanc. Depuis la route principale qui nous – ma famille et moi – y conduit dimanche après dimanche, le piéton comme le « taximan » peuvent lire cette inscription : Union des Églises baptistes du Cameroun -U.E.B.C- Église de l’Espérance.

L’Église de l’Espérance

C’est là, dans cette église qui compte plus d’un millier de membres que sont enracinés mes souvenirs d’Église d’enfance et de jeunesse : le défilé des voitures qui s’y arrêtent, la foule d’enfants et d’adultes qui s’y rencontrent, la couleur des pagnes aux teintes africaines, les moniteurs et les monitrices, les pasteurs et les anciens, la clameur des chants, des tam-tam et des balafons, le balai des chorales dans leurs costumes, sans oublier tous les petits marchands guettant patiemment la fin du culte pour proposer quelques boissons rafraîchissantes et des beignets aux pèlerins du dimanche… C’est dimanche à l’Église de l’Espérance et c’est toujours un jour de fête !Enfant, j’y ai reçu ma première instruction chrétienne. Je garde de très bons souvenirs de l’école du dimanche où nous étions souvent une bonne centaine d’enfants apprenant et nous amusant sous la direction aimante de plusieurs moniteurs.

Un baptême ça se prépare

J’avais eu l’habitude de voir des jeunes et moins jeunes se faire baptiser. Mon frère et ma sœur aînés, quelques années plus tôt, avaient eux aussi été baptisés. J’attendais donc que vienne mon tour. Puis un jour, j’ai annoncé à mes parents que je voulais aussi me faire baptiser. Après quelques semaines de réflexion et de discussion en famille, mes parents décidèrent donc de nous inscrire – ma sœur aînée et moi – aux cours de préparation au baptême. Ce n’est pas une option à prendre ou à laisser. À l’Église de l’Espérance, un baptême ça se prépare.Pendant de longs mois, tous les catéchumènes dont moi, nous nous retrouvions dans les locaux de l’Église pour suivre un enseignement sur les bases de la foi chrétienne et de la vie en Église. Nous devions, en plus d’avoir une bonne culture biblique générale, apprendre par cœur l’ordre des livres bibliques, la semaine de la création, le décalogue, le symbole des apôtres, le Notre Père, c’était l’A-B-C de l’instruction du catéchumène. Bien sûr, ce n’était pas tout, nous apprenions aussi beaucoup sur le sens du baptême, de la sainte-cène, et sur bien d’autres questions pratiques comme l’importance de s’engager dans le groupe de jeunes, d’apprendre à servir les autres en s’inscrivant par exemple dans une équipe de ménage, etc.Il est important de noter que cette préparation au baptême, obligatoire dans toutes les Églises de l’UEBC, s’adapte aussi en fonction des personnes et de leur environnement. Il est normal que dans les régions rurales, par exemple dans le nord Cameroun où le taux d’alphabétisation de certaines populations est le plus faible, les exigences ne soient identiques. Le but cependant reste le même : transmettre ou consolider les bases de la foi chrétienne chez les catéchumènes qui se préparent au baptême.Au terme de plusieurs mois d’enseignement, les catéchumènes sont évalués sur leur connaissance biblique. Il est arrivé que certains ne soient pas admis au baptême ! Cela peut vous surprendre, rassurez-vous, ça c’est à l’Église de l’Espérance… Quant à moi, je ne me posais pas toutes les questions que vous pouvez avoir à l’esprit en lisant ces quelques lignes. J’aspirais tout simplement au baptême avec toutes les représentations que ce mot avait jusque là suscité dans mon esprit.

8 Janvier 1995

Cela faisait de nombreux mois que famille et Église préparaient cet heureux moment. La date du 8 janvier 1995 avait été choisie par tous les catéchumènes, nous étions environ 150 personnes, j’avais alors à peine 15 ans.Ma sœur et moi, tout de blancs vêtus, avons rejoint les autres catéchumènes. Une marche matinale dans le centre-ville de Yaoundé avait été organisée pour tous les futurs baptisés. Accompagnés de quelques chorales, des pasteurs, des anciens, et de quelques membres de nos familles, d’un pas bien rythmé par les chants, nous allions joyeux annoncer aux populations de Yaoundé la joie d’avoir Christ pour ami et Sauveur.De retour dans l’église où nous étions attendus comme des champions, le rite baptismal allait débuter devant les caméras de la télévision nationale qui avait fait le déplacement. Les pasteurs, au nombre de quatre, avec leurs robes noires, s’étaient enfoncés les premiers dans les eaux froides du baptistère. Et un, et deux, et trois… puis vint enfin mon tour. Je me souviens des chants d’une assemblée de plus d’un millier de personnes. Aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher de sourire quand j’entends ce refrain : « blanc, plus blanc que neige… » Ce n’est que plusieurs années après, que j’ai vu à quoi ressemble la neige. Au Cameroun contrairement à Colmar, il fait chaud en janvier et il ne neige jamais !Au terme du culte de baptêmes, la fête commence à l’église où l’ensemble des néophytes offrent un copieux repas à tous. La journée se poursuit ensuite dans les familles respectives qui reçoivent la visite des pasteurs ou des anciens de l’Église. Dans les quartiers de la ville, on reconnaît aisément une maison en fête : la musique, le parfum de mets traditionnels, le cortège d’invités… Et rien que ça, c’est déjà la fête !

La fête et après ?

Désormais j’étais accueilli à la table de la communion avec qualité de membre à part entière de l’Église de l’Espérance. Plusieurs groupes animent la vie de l’Église : le groupe des dames, le groupe d’hommes, les jeunes, les chorales, il y a même le groupe des « sans groupe » ! Très vite, le néophyte qui vient d’être incorporé dans la communauté de foi doit trouver sa place dans l’un de ces groupes.Personnellement, je me suis engagé au sein de la Jeunesse chrétienne baptiste du Cameroun –J.C.B.C – où j’ai rencontré beaucoup de jeunes comme moi. Je pense que cet engagement m’a aidé à ne pas m’éloigner de mon Église dans les moments tumultueux de mon adolescence. Plus tard, je me suis impliqué dans les Groupes bibliques universitaires au Cameroun. Là aussi, j’ai beaucoup appris avec tant d’autres. C’est là que mon intérêt pour les études de théologie a été nourri. En me rappelant tout ça, je remercie Dieu pour l’Église de l’Espérance et pour toutes les personnes qu’il a utilisées pour faire croître la graine de la foi en moi.Heureux les baptisés qui persévèrent dans le Seigneur et qui portent des fruits dignes de leur repentance !

Paul Achille Efona, pasteur de l’EEL de Gaubert

Vues d'hier

L’histoire du baptême dans la grande histoire de l’Église chrétienne est trop vaste pour tenir en un article. Quelques témoignages anciens et parfois insolites.


Eau froide ou eau chaude ?

 La Didachè (1) est un texte catéchétique d’origine possiblement syrienne et dont l’ancienneté pourrait remonter au second siècle.

« 1. Pour le baptême, procédez de la sorte ; au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une eau vive.

2. Si tu n’as pas d’eau vive, baptise d’une autre eau ; à défaut d’eau froide, prends de l’eau chaude.  

3. Si tu n’as assez ni de l’une, ni de l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.  

4. Avant le baptême, que le baptisant, le baptisé et tous ceux qui le pourront, observent un jeûne. Mais il est obligatoire que le baptisé jeûne un ou deux jours avant. » (Didachè, 7.1-3)

Définitivement relooké !

 Cyrille de Jérusalem, évêque du 4e siècle, a rédigé une série d’homélies consacrées au baptême. Adversaire de l’arianisme (2), Cyrille se veut ferme sur les vérités essentielles, et nuancé sur les autres positions. A propos de Romains 6, il écrit :« ... à vous, qui avez été renouvelés en passant du vieil homme à l'homme nouveau...  Dès votre entrée, vous avez quitté votre tunique : cela, c'était l'image de votre dépouillement du vieil homme avec toutes ses actions... En effet, puisque les puissances hostiles se cachaient dans vos membres, il ne vous est plus permis de porter cette vieille tunique. Je ne parle absolument pas de ce vêtement qui tombe sous les sens, mais du vieil homme qui est corrompu par les convoitises trompeuses. Qu'elle n'aille pas s'en revêtir de nouveau, l’âme qui s'en est dépouillée une fois, mais qu'elle dise avec l'Épouse du Christ dans le Cantique des Cantiques : « J'ai ôté ma tunique, comment la remettrais-je ? »

En lieu défini, à l’heure et éviter toute fantaisie !

 Le pasteur Paul de Félice (3), régale ses lecteurs au 19e siècle d’anecdotes  sur la vie des protestants d’autrefois. En voici quelques-unes relatives aux baptêmes.En 1624, un pasteur de Montauban est blâmé pour avoir célébré un baptême dans sa métairie, comme plus tard (1650) un pasteur de Dangeau. Malade, il en avait célébré un dans sa chambre. C’est que la cérémonie de baptême a lieu après la prédication, à laquelle les gens du baptême sont tenus d’assister. On les censure, s’ils arrivent trop tard « parce que le sacrement du baptême doit être conféré devant les fidèles réunis. »Les nourrissons étaient baptisés et de nombreuses règles fixaient l’usage. Ainsi, des noms de baptême étaient octroyés aux enfants. « Mais il faut que le nom donné à l’enfant soit pour lui une source d’édification... » On évitera les noms païens comme César, Lucrèce, Thulie ou Hercule ; « mais aussi, ceux qui s’appliquent à Dieu, comme Emmanuel, ou... ceux qui désignent un office, comme Ange, Apôtre, Baptiste... »Sans forcément souscrire à leurs positions, je remarque que nos prédécesseurs ont largement débattu du baptême, en son fondement, ses formes, ses exigences. S’y intéresser nourrira notre réflexion... et à coup sûr notre humilité.

Textes recueillis par Thierry Bulant, pasteur de l’EEL d’Angoulême

(1) F. Quéré, Les Pères apostoliques, écrits de la primitive Église, Seuil, Points Sagesse, 1980.

(2) doctrine d’Arius condamnée au concile de Nicée en 325. Selon Arius, la divinité du Très-Haut est supérieure à celle de son fils fait homme.

(3) P. de Félice, La vie des protestants d’autrefois, Vie intérieure des Églises, mœurs et usages, Paris : Fischbacher, 1897.