L’existence de l’Etat d’Israël a-t-elle un sens pour les chrétiens ?
1947, la communauté internationale reconnaît la fondation d’un nouvel État répondant au nom biblique d’Israël. L’événement et ses suites sont-ils un signe que Dieu nous invite à déchiffrer ? Les chrétiens évangéliques sont divisés.Certains y voient une ruse satanique, arguant que le retour, pour l’Ancien Testament, a pour préalable la conversion : le signe est menteur, produit par l’Adversaire.
Beaucoup y discernent l’accomplissement « littéral » de nombreuses prophéties : Israël béni, toujours peuple de Dieu et représenté par l’État d’Israël, doit recevoir l’appui des chrétiens. Entre les deux, les avis varient selon qu’on pense pertinente telle ou telle prophétie ; qu’on attribue ou non à Israël la propriété inaliénable de la terre, en vertu de l’alliance abrahamique ; qu’on attend ou non une conversion à grande échelle ; qu’on se soucie principalement de justice dans le traitement des Palestiniens…
La façon dont le Nouveau Testament se réfère à la promesse et aux prophéties incite à la prudence ; il les prend souvent comme conditionnelles (Israël n’a pas rempli la condition), et le « pays » comme le « monde » (Rm 4.13).
Cependant Lc 21.24 suggère qu’après le temps des nations, pendant lequel les goyîm exerceront le pouvoir à Jérusalem, la situation changera : ce qui est fait depuis 1967. Si cette lecture est juste, le signe est net qu’on touche à la dernière étape – sans oublier que Dieu juge toute injustice, même s’il réalise en elle son dessein. Si Rm 11 (comme je crois) annonce une vaste conversion, l’État d’Israël ressemble à une mesure préparatoire.
La reconstitution d’un État, après des millénaires de persistance de l’identité juive, est un phénomène sans pareil : difficile d’ignorer le signe de l’élection des « Pères » dont les descendants portent la marque (Rm 11.28). Il signifie comme tel la fidélité de Dieu, qui pousse à le prier : fais maintenant grâce à Israël (Rm 11.31) !
Par Henri Blocher,
théologien