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Faut-il être pauvre pour être chrétien ?

"L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres", disait Jésus (Luc 4.18). Les pauvres semblent être les destinataires prioritaires de l’Évangile. Certains voient dans le refus des richesses de ce monde une valeur positive pour leur sanctification. Une vie chrétienne détachée et l’ascèse monastique apparaissent comme l’idéal. Mais n’y a-t-il pas là un danger ?
Ne tombons pas dans un dualisme peu biblique où le monde matériel serait négatif et le monde spirituel positif. La réflexion de Luther nous éclaire. Selon lui, Dieu a donné à tous une tâche à accomplir : le métier (Beruf ) devient une vocation divine (Berufung). Cette valorisation du travail séculier réhabilite aussi la relation du chrétien par rapport aux biens matériels. Mais, là encore, un danger nous guette. La richesse serait-elle le signe de la bénédiction divine, la pauvreté le signe de sa désapprobation ? Jamais la Bible ne permet une telle conclusion.

Qui sont les pauvres, au juste ? C’est Jacques Blandenier qui nous aide à trouver un début de réponse. Il écrit dans son livre Les Pauvres avec nous (LLB, 2006, remis à nos délégués lors du synode dernier) que « la pauvreté n’est pas simplement une affaire de petits ou de gros sous, de compte en banque et de portefeuille, mais une attitude devant Dieu. » Apparaît alors comme pauvre celui qui se sait dépendant de Dieu. C’est cette dépendance qui permet de s’ouvrir aux paroles de Jésus et à la solidarité.

Ralph Frauchiger