Doit-on croire au péché originel ?
Inutile de s'attarder longuement à le prouver : tous les hommes sont pécheurs. La Parole de Dieu nous l'affirme (cf. par exemple Rm 3,23) et nous en faisons quotidiennement l'expérience. Mais nous pouvons faire un petit pas de plus : nous ne faisons pas qu'imiter le mal qui est autour de nous, nous naissons tous avec une orientation vers le mal. Nous ne le commençons certes pas radicalement, mais nous le recommençons. Comment expliquer ?
La tradition chrétienne a recouru à la faute du premier homme, Adam, représentant de l'humanité, pour expliquer l'irruption du mal dans notre monde. On a nommé la faute qu'il a commise, péché originel : par son péché, la mort a fait son entrée dans le monde (cf. Rm 5,12s). Le début de la Genèse nous dit que Dieu n'a pas créé l'homme pécheur, mais qu'il l'est devenu en désobéissant à son créateur.
La difficulté qui subsiste est la suivante : comment se fait-il que je subisse les conséquences de la faute d'un autre ? Pour commencer à entrer dans l'intelligence de la doctrine, il faut changer notre regard peut-être trop strictement individualiste sur l'homme. La Bible ne conçoit pas les groupes humains comme des agrégats d'individus, mais plutôt comme des ensembles organiques, rassemblés sous des chefs représentatifs, qui agissent pour ceux qui dépendent d'eux. L'humanité est constituée en un seul corps, elle est génétiquement et spirituellement une, elle a une tête : Adam pour l'humanité pécheresse, le Christ pour la nouvelle humanité. Ainsi on ne peut être qu'en Adam ou en Christ. L'interpellation de l'évangile, c'est finalement de se désolidariser d'Adam, en se reconnaissant coupable et en se mettant au bénéfice de l'œuvre accomplie par le Christ : on passe alors de l'«en Adam» à l'«en Christ».
Alain Nisus
professeur à la FLTE de Vaux sur Seine