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Accueil Début de réponse Pourquoi les récits bibliques ne seraient-ils pas des légendes ?

Eh oui, pourquoi ne seraient-ils pas des légendes ? S’ils disent ou laissent entendre qu’ils en sont, ils en sont !
Évidemment le mot légende a mauvaise réputation. Une légende c’est une histoire qui n’est pas vraie. Si elle n’est pas vraie c’est un mensonge. Mais elle peut être vraie dans le sens où elle dit quelque chose de vrai ! Tout est dans l’intention, veut-elle tromper ? Il peut aussi arriver que le lecteur ou l’auditeur se trompe lui-même. Et il peut se tromper en croyant que telle histoire est vraie dans le sens qu’elle s’est produite alors qu’elle est une vraie fable.

Prenons l’exemple de l’histoire du bon samaritain (Luc 10.30-37). Cette histoire est-elle vraie dans le sens où elle est arrivée et que tel jour à telle heure un homme a été attaqué, etc. Ou alors est-elle vraie dans le sens où elle dit quelque chose de vrai sur le prochain ? Les deux possibilités ne s’excluent pas, mais nous voyons bien que l’important, la vérité de ce texte c’est l’enseignement sur le prochain pas le fait divers.
Ne sont pas vrais que les textes qui font du reportage, qui racontent des événements. La vérité c’est le message que le texte veut communiquer.
Autres exemples ? L’histoire que raconte Nathan à David (2 S12) était-elle vraie ? Les premiers chapitres de la Genèse ne sont-ils vrais que si un serpent a parlé en hébreu à Monsieur Adam ?
Je dirais donc qu’il y a des textes bibliques qui sont des « légendes » parce qu’ils ne veulent pas être autre chose, comme d’autres sont des lois, de la poésie, etc. L’essentiel est de ne pas confondre les genres. Dans ce domaine il faut bien lire, bien étudier et garder beaucoup d’humilité car les textes bibliques sont pour la plupart loin de notre culture moderne. La lecture est une aventure…
Claude Baty, pasteur
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Quelques réponses des lecteurs :

Oui, "l'essentiel est de ne pas confondre les genres". Oui, "il faut bien lire, bien étudier" (les textes de l'Ecriture). Oui, il faut "garder beaucoup d'humilité". Qui n'a pas été confronté, en lisant la Bible, à des problèmes intellectuels, voire à des doutes ? Mais les exemples cités par Claude Baty dans son article sont généralement classés, les deux premiers (Luc 10. 30-37 et II Samuel 12. 1-4) dans le genre symbolique des paraboles et les premiers chapitres de la Genèse dans le genre narratif des récits. Car ces derniers textes "racontent des événements", des faits qui se sont effectivement passés. Claude nous livre un scoop si, en effet, le serpent avait parlé en hébreu à Adam ! Ce serait, non pas un début de réponse, mais plutôt le début d'une vraie fausse légende ! Or ce n'est pas ce que dit le texte.
Plus sérieusement, les évangéliques (et d'autres avec eux) préfèrent ne pas utiliser les termes légende, saga, mythe pour les récits bibliques, car la part d'historicité et donc de vérité que ces notions renferment est invérifiable et parfois même très faible. L'attitude de notre Seigneur Jésus-Christ et des auteurs du Nouveau Testament par rapport aux récits de l'Ancien Testament doit nous guider en la matière. Même si ma raison ne comprend pas comment un serpent peut parler je peux croire que cela est vrai. II Pierre 2. 16 parle bien d'une ânesse qui reprend le faux prophète Balaam en faisant entendre une voix d'homme ! Plusieurs textes, comme Ps. 19. 8-9, Jean 10. 34-36 ou II Tim. 3. 16, entre autres, vont dans le sens de l'authenticité, de la vérité, non seulement du message, mais du texte de l'Ecriture.
Je ne pense pas que notre Bible ait rien de la fiction des légendes. Mais bien sûr il faut un acte de foi pour le reconnaître comme le dit ce texte ancien : "Nous croyons et nous confessons que les écrits canoniques (…) sont la véritable Parole de Dieu : qu'ils ont d'eux-mêmes une autorité suffisante, et qu'ils n'ont pas besoin de l'approbation des hommes pour être reg<ardés comme dignes de foi" (Confession de foi dite helvétique de 1566). Seigneur, je crois, viens au secours de mon incrédulité !
Amitiés fraternelles et merci pour votre travail remarquable.
André Grandjean

J’ai apprécié le « Début de réponse » de Claude Baty à la question : « Pourquoi les récits bibliques ne seraient-ils pas des légendes ? » Il ose mettre à mal une certaine mythologie évangélique que certains ressentent comme une « bibliolâtrie » ![1]
La Parole de Dieu est terriblement humaine.
Notre combat pour la « vérité véritable » ne ressemble-t-il pas parfois à une façon de faire taire une vérité toute simple qui nous dérange ? Voilà qui nous évite d‘être « retourné » ou, plus modestement, de faire un petit pas en avant !
Nouvelle question et nouveau début de réponse inclus !…On n’en sort pas ! Tant pis ! Il ne fallait pas y entrer !
Laurent Peyrounette
 
NDLR : Mais si, au contraire, bonne idée que d’être entré dans le débat et d’avoir transformé ce « Début de réponse » en « Débat de réponse » !

            Il y a des « débuts de réponse » qui posent beaucoup de questions. Cela semble d’ailleurs être le but.
            Je voudrais dire merci aux courageux rédacteurs de cette rubrique qui osent soulever le voile de nos conventions évangéliques, notamment Claude Baty lorsqu’il pose la question des légendes dans la Bible.
            Soyons concrêts : dans notre groupe d’étude biblique, une participante a un jour évoqué le « mythe de Noé ». Une autre lui a aussitôt répliqué que si elle considérait l’histoire de Noé comme un mythe, alors toute la Bible disait faux et sa foi ne reposait plus sur rien. Scandale pour celle-ci, gêne pour la première. Par ailleurs dans le même groupe, on a pu constater une belle unanimité pour affirmer l’historicité de la résurrection et l’importance de ce fondement pour notre foi.
            Voilà concrètement comment dans nos églises se pose la question de la manière d’aborder les textes, et le débat est loin d’être serein. C’est donc bien d’en parler.
            Pour ma part, je voudrais encourager cette lecture différenciée des textes. Il me paraît urgent pour les évangéliques de prendre de la distance avec un fondamentalisme qui ferait lire n’importe quel texte de la même façon, comme une parole tombée du ciel. On s’aperçoit actuellement des conséquences énormes d’une telle lecture chez nos amis américains. Cela me paraît tout aussi dangereux que le libéralisme outrancier qui nous a tellement fait peur à une époque et nous a conduit à nous replier sur une interprétation littérale du texte biblique.
            Il est toujours difficile de nuancer, de sortir du tout ou rien. Jusqu’où aller ? Telle est l’angoisse des théologiens amateurs que nous sommes. Nous avons peur de ces terres inconnues qui pourraient nous amener à exercer davantage notre responsabilité de lecteur. On nous a tellement appris à être soumis à la Parole que nous n’osons pas nous interroger sur elle. Mais à ne pas nous interroger, ne risquons-nous pas de ne plus l’entendre ?
Myriam Berthelot