Providence et inondations
Durant la période des vacances, les nouvelles se font discrètes dans nos journaux. Que se passe-t-il ? Le monde retient-il son souffle nous sachant sur la plage, ou plus probablement, notre petit bout de monde étant au repos, les organes de presse ne souhaitent-ils pas nous transmettre seulement les informations qui n’empêchent pas de bronzer tranquillement ? Reste que les intempéries ne connaissent pas de pose et que nous avons entendu parler cet été d’inondations tragiques en Europe et jusqu’en Chine.
Les vacances sont une période où il est facile de louer leSeigneur pour sa création. Nous le remercions dès que le soleil se montre et lerendons parfois responsable du moindre souffle de vent qui vient rendre plussupportable la canicule. Tout arrive selon la volonté de Dieu ; le hasardn’existe pas… Combien de fois avons nous entendu ces formules qui ont bien sûrun fondement biblique ? Mais comment les concilier avec les nouvelleslorsque, en Chine, des inondations ont fait près de 600 morts ? Dieuest-il directement responsable de tout ce qui se passe ? Est-ce lui qui a noyé des femmes, des enfants, des vieillards ?Ces gens-là étaient-ils, comme ceux qui furent écrasés par la tour de Siloé (Lc 13.1-5) plus pécheurs que les autres ?
Vieille question : comment concilier la toute-puissancedu Dieu d’amour et les événements du monde ? Ne parlons pas de ceux quisurviennent par la fautes des humains, mais« seulement » des catastrophes naturelles. On se rappelle lescommentaires de Voltaire dans Candide sur le tremblement de terre de Lisbonne.Nos réponses, qui veulent défendre Dieu, ne sont-elles pas un peucourtes ? Peut-être nous faut-il prendre garde aux images de Dieu que nousportons en nous. Comment le Dieu de la nature peut-il se concilier avec celuique nous révèle Jésus-Christ ? Ne nous faut-il pas reconnaître que nousn’en savons rien ; qu’il s’agit, pour mieux dire la même chose, d’unmystère qui nous dépasse ?
S’il faut parler de Dieu en temps de catastrophes, ce serasans doute en agissant autant que nous le pourrons pour aider ceux qui sonttouchés, en participant au moins par nos dons à ce qui se passe tout près denous - mais qu’est-ce qui est loin, aujourd’hui, sur la planète ?
La lecture des nouvelles pourra au moins nous rendreprudents. Dieu n’entre pas dans un système explicatif de ce qui se passe dansle monde et les tentatives pour l’y enfermer ont créé des monstres bienéloignés du Dieu de Jésus-Christ. La réponse la plus profonde est sans doutecelle du livre de Job. Lorsque nous lisons la presse ne nous hâtons pas trop del’interpréter en termes bibliques. N’est pas prophète qui veut.
En revanche, ces nouvelles peuvent nous rappeler notrefragilité. Avec notre technique et notre savoir-faire, nous ne sommes pas àl’abri d’événements inattendus. Il y aura sans doute – en Europe de l’Ouest,pas en Chine - des procès pour trouver des coupables et pour toucher ou aucontraire ne pas payer des indemnités. Ils ont leur raison d’être s’ils veulentnous rendre plus responsables, mais peuvent être aussi les symptômes de nosfantasmes d’invulnérabilité naturelle. Nous resterons toujours fragiles,quelles que soient nos protections ; celles-ci suscitent même d’autresrisques. La modernité ne protège pas des catastrophes ; la foi non plus,mais elle nous aide peut-être à en être conscients et à les vivre mieux…
Louis Schweitzer, pasteurFEEB