Hélas ! Israël...
Lecteurs de la Bible, disciples de Jésus, une sympathie naturelle nous lie au peuple d’Israël. Il y a entre judaïsme et christianisme une filiation dont nous sommes les bénéficiaires. Nous reconnaissons notre dette à l’égard du judaïsme. C’est précisément parce que nous nous considérons comme d’authentiques amis d’Israël que nous ne pouvons pas taire notre détresse.
Il n’y a d’amour véritable que là où règne la liberté de la parole. Aujourd’hui cette parole est celle de notre inquiétude. La justice et le droit doivent toujours avoir le pas sur l’affection et la connivence. Pourquoi les autorités politiques israéliennes ont-elles refusé la commission d’enquête de l’ONU sur les événements de Jénine ? Est-ce parce qu’il y avait là des choses honteuses à cacher ? Est-ce par peur de l’utilisation des images ? La pire des solutions a été choisie. Elle ouvre tout grand la porte à tous les soupçons.
Histoire sans fin
Comme tous les conflits récents, celui-ci est aussi un conflit médiatique. Nous ne sommes pas naïfs. Nous avons bien conscience que, de part et d’autre, règne une volonté forte de maîtriser les images de cette guerre. La sagesse éclairée veut que nous nous gardions d’avis tranchés résultant seulement d’une seule source, surtout quand celle-ci est télévisuelle. Mais quels que soient les arguments développés, croire que la violence éradiquera la violence, croire qu’il est possible de détruire un peuple, c’est n’avoir retenu aucune leçon de l’histoire. Pour Israël, c’est n’avoir retenu aucune leçon de sa propre histoire.
Le journal de Tel-Aviv Ha’aretz, traduit par le Courrier International n°601, cite l’historien israélien Aryeh Arad, spécialiste de la Shoah, président de Yad Vachem. Aryeh Arad est attentif aux effets de la guerre sur une société et ses valeurs. En 1969, alors éducateur militaire, il appelait ses soldats à se battre ‘‘ correctement et moralement, sans se laisser guider par des instincts qui corrompent l’image humaine du combattant… et l’image de la société israélienne ‘‘ . Il est à craindre qu’Israël ait été rejoint par les démons qui hantent ceux qui s’installent dans l’esprit de la guerre. Dans la guerre, le risque est toujours de finir par ressembler à ce que l’on combat.
Où conduit la passion des chevaux
Les chevaux, les femmes et l’or sont, selon Deut 17, les critères de défiance dans l’appréciation des candidats au pouvoir. En clair, il y a un danger pour un pays à être dirigé par un homme ayant soit la passion de la guerre (les chevaux), soit une sensualité débridée (les femmes), soit l’esprit cupide (l’or et l’argent). Bien sûr, les mauvais esprits penseront qu’il y a des ‘’cumulards’’ ! Il est à craindre qu’aujourd’hui en Israël, comme en Palestine, et en bien d’autres endroits du monde, la passion des ’’chevaux’’ rende le chemin de la paix toujours plus difficile.
Pourtant les hommes de paix ne manquent pas. Le Monde Diplomatique (avril 2002) proposait un article co-signé par Yasser Abed Rabbo, ministre palestinien de l’information et de la culture et par Yossi Beilin, ancien ministre israélien de la justice. Le titre de cet article : Pour apprendre à vivre ensemble ! Cet israélien et ce palestinien, au retour d’un voyage commun en Afrique du Sud au début de cette année, ont créé la Coalition israélo-palestienne pour la paix. Son objectif est de renforcer les liens entre les deux parties, de répondre aux médias par des déclarations communes, de rencontrer des personnalités politiques qui viennent dans la région et n’ont que des rencontres séparées avec des Israéliens ou des Palestiniens. Yaffa Yarkoni, chanteuse quasi-officielle de Tsahal, a pris tout le monde au dépourvu lors de la fête de l’indépendance, en soutenant publiquement les soldats qui refusent de servir dans les Territoires.
Espérer quand même
Il y a aujourd’hui, en Israël et en Palestine, des hommes et des femmes qui font preuve d’un courage considérable pour croire en la paix. L’une des pires victoires de l’esprit de guerre serait de parvenir à nous faire croire qu’il n’y a de solution que par les armes, alors que c’est précisément dans cette voie là, que jamais il n’y aura de solution juste. Je me souviens d’un voyage d’étude en Irlande du Nord, voici quelques années. J’avais été surpris, dans un moment où les violences étaient importantes, de découvrir la multitude des irlandais, protestants et catholiques, engagés ensemble dans des actions de paix. Jamais les médias français ne les évoquaient.
Je n’ai que très peu de confiance dans les images que nous recevons. Ma confiance demeure dans cette prière du psaume 122 qui m’invite avec tous ces anonymes d’aujourd’hui à « demander la paix pour Jérusalem ».
Richard Gelin,
pasteur de la FEEB à Bordeaux