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Anders Breivik, le vide assassin

 Les meurtres de masses perpétrés par un norvégien en juillet dernier, un acte insensé dans une société qui perd son sens...

La rencontre d'une fragilité psychologique et d’un lien social qui se désagrège

 

 

 

Anders Breivik en haine du multiculturalisme
Qui, parmi nous, n'est pas resté frappé de stupeur après ce qui s'est passé en Norvège le 22 juillet dernier où un jeune de 32 ans, Anders Breivik, revêtu d'un uniforme de policier, tire à l'arme automatique sur une assemblée de jeunes sociaux-démocrates norvégiens assistant, sur l'île d’Utoya, à l'université d'été de leur mouvement. Il y fait 69 victimes. Les médias s'emparent de l'affaire et glosent sur la personnalité du tueur et les motivations de son geste. Ne le voit-on pas décrit tour à tour comme tueur fou, terroriste, militant d'extrême droite, fondamentaliste chrétien, tant il est difficile au premier abord d'appréhender sa personnalité et la logique de son geste. Alors pour essayer de comprendre replaçons-le dans le contexte social qui est le sien. L'immigration importante de ces dernières décennies a déstabilisé un modèle social norvégien jusque-là très intégré et très protecteur. Des débats incessants sur la place de l'islam, l'égalité entre hommes et femmes, les questionnements liés à l'Europe et la mondialisation, tout cela a accentué un sentiment de perte de repères et d'identité de cette société. Prenant le contre-pied de ces débats Anders Breivik, quant à lui, s'affirme « chrétien conservateur », se revendique « franc-maçon ». Il déplore, dans un article, que son Église (l'Église luthérienne de Norvège) soit devenue « une blague », avec ses pasteurs « en jeans » et ses temples qui « ressemblent à des centres commerciaux » et il milite pour « une conversion collective de l'Église protestante vers l'Église catholique ». Mais aussi il dénonce « l'islamisation de l'Europe ». Il fait preuve d'une haine viscérale contre ce qu'il appelle « le multiculturalisme ».

Une personnalité fragile dans une société déstabilisée
Par ailleurs il est décrit comme une personnalité solitaire, qui ne se reconnaît dans aucun groupe et qui se réfugie dans le monde virtuel des jeux vidéo. Anders Breivik semble correspondre au profil classique du « tueur de masse » comme ces deux lycéens américains à l'origine de la tuerie du lycée de Columbine en 1999. Au travers de tous ces éléments sa façon d'agir peut se comprendre comme la rencontre d'une fragilité psychologique certaine et d'une spécificité de nos sociétés postmodernes où le lien social se désagrège de plus en plus, s'atomise, sans références communes fortes et stables auxquelles s'identifier et qui peuvent donner du sens à la vie. En effet, dans la société ultralibérale qui est la nôtre, les valeurs traditionnelles d'entraide, de justice sociale, de vérité ainsi que la famille sont battues en brèche par un discours où la réussite économique et l'argent prennent le pas sur tout le reste. De plus l'Église, seule référence habituellement stable, à force de vouloir s'adapter à la société, brouille les repères. Dans ce vide généralisé de sens et où la religion, cantonnée à la sphère privée et au salut des âmes, ne donne plus de valeurs communes de justice et d’espérance, chacun se trouve contraint de se « bricoler » une identité et de trouver un sens qui tienne la route. Et certains n’ayant pas les capacités psychologiques personnelles pour assumer un tel travail, ne trouvant par ailleurs aucun point d'appui stable dans le discours social, se réfugient dans les sectes, s'enfoncent dans la maladie mentale, la dépression, la marginalisation sociale ou, comme Breivik, passent à l’acte de façon brutale et insensée pour éviter de sombrer définitivement dans la folie, pensant trouver ainsi dans leur acte fou un fondement solide à leur existence.

 

Marc Opitz, psychiatre, membre de l’EEL de Paris