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Actualité Morale et politique : au-delà de l’affaire Strauss-Kahn

Morale et politique : au-delà de l’affaire Strauss-Kahn

Des qualités requises pour un homme d’État…

 


 

Le rédacteur de cette rubrique se réjouit d’être en retard sur l’actualité et de n’avoir rien écrit sur l’affaire Strauss-Kahn, qui est aussi l’affaire Nafissatou Diallo, rappelons-le, tant celle-ci a été sujette à rebondissements !

 

Un symbole

Cette affaire prête d’ailleurs davantage à réflexion par les réactions qu’elle a suscitées que par son fond : que s’est-il vraiment passé ? Cela nous échappe. Qualifier l’affaire de « simple troussage de domestique » (Jean-François Kahn) ou dire qu’« il n’y a pas mort d’homme » (Jack Lang) c’est bien dire que les petits, une femme de chambre en l’occurrence, comptent pour rien ! Or Jésus nous amène au contraire à renverser les perspectives. Qui est le plus grand ? La femme de ménage, dirait Jésus aujourd’hui ! C’est une femme qui s’exclame que le Tout-Puissant a « dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse » et qu’il a fait « descendre les puissants de leur trône » ! Certes Nafissatou Diallo n’est pas vraiment la Vierge Marie, mais qu’une femme noire ait été l’instrument de la chute d’un blanc-riche-puissant, est en soi un symbole. Ce qui n’enlève rien à l’exigence d’une justice équitable aussi pour le riche. La Bible avertit : « Tu ne favoriseras pas le pauvre dans son procès. » Exode 23:3.

 

Une question

Au-delà de cette affaire, se pose la question de la morale personnelle en politique et du degré de moralité qu’on doit exiger d’un homme politique. Ne devrait-on pas maintenir une stricte séparation vie privée/vie publique, distinguer l’homme privé et le personnage public ? Dominique de Villepin a cru pouvoir tirer argument politique des problèmes de couple de Nicolas Sarkozy en 2007 en disant : « Un homme qui n’est pas capable de garder sa femme ne peut pas garder la France ! » La remarque était indigne et lui est revenue en boomerang puisque la sienne l’a quitté depuis... Il devrait y avoir un certain respect de la vie privée et bien des hommes politiques ont eu tort de donner eux-mêmes des bâtons pour se faire battre en exposant leurs familles aux feux médiatiques.

Pourtant n’est-il pas juste de juger un homme politique aussi sur sa personnalité et d’estimer que quelqu’un qui abuse de son pouvoir dans sa vie privée risque aussi d’en abuser en tant qu’homme politique ?

Mais, répondra-t-on, un homme d’État ne devrait-il pas être jugé seulement sur sa capacité à bien gérer l’État et à maintenir la paix dans la société et avec ses voisins ?

Si l’on considère l’échelle des valeurs du bon gouvernant selon la Bible, ce qui est au sommet, ce n’est pas l’économie mais la justice : « Faire le mal est une chose abominable pour un roi, car le pouvoir ne devient fort que s’il est juste. » (Proverbes 16:12 - Bible du Semeur).

 

Une personne indivisible

Ce proverbe est intéressant, car il ne sépare pas personne et institution mais met au contraire en parallèle le rapport personnel du roi à la justice et la pérennité de l’institution, littéralement : « par la justice un trône est affermi ».

Des hommes d’État immoraux décrédibilisent l’institution, affaiblissent le respect que les citoyens lui portent et démoralisent le pays. On ne peut certes attendre d’un gouvernant une justice absolue, mais au moins qu’il cherche à être juste et honnête et qu’il sache reconnaître ses torts, comme l’a fait le roi David, bien aidé il est vrai par le prophète Nathan !


Luc Olekhnovitch, pasteur de l’EEL de Meulan