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Actualité Devenons tous bilingues !

Devenons tous bilingues !

La société actuelle, dite de communication, est traversée par un paradoxe lancinant : d’un côté, nous avons de plus en plus facilement accès à des productions culturelles venant du monde entier ou provenant d’époques reculées, de l’autre côté, nous tolérons toujours aussi mal les différences culturelles dans nos rapports quotidiens.

 

Illusion
Par le biais de la télévision ou d’Internet nous pouvons, en quelques secondes, prendre connaissance du mode de vie, de la musique, des croyances, de la mode du moment (ou que sais-je encore ?), de personnes qui vivent à des milliers de kilomètres de chez nous. Je me suis même surpris, l’autre jour, en train de lire les légendes des images d’un livre d’art rédigé dans une langue que je ne connaissais pas, avec mon smartphone à la main, muni d’une application de traduction automatique et, ma foi, le résultat était suffisamment bon pour que je comprenne de quoi il retournait !

À côté de cela, les crispations interculturelles se multiplient. Dès que quelqu’un se met en travers de notre route, nous sommes prompts à le disqualifier, au motif, qu’il est « l’exemple type » de telle ou telle culture que nous vomissons. Les cultures religieuses sont, dans ce domaine, celles qui font appel aux ressorts émotionnels les plus puissants. Mais tout est bon dans ce registre : l’âge, le sexe, le pays d’origine, les goûts, l’éducation, etc.

Patience
Il faut se rendre à l’évidence : il ne suffit pas de connaître quelque chose de la culture de l’autre pour le comprendre. Une culture correspond à une histoire, à des traumatismes collectifs, à des habitudes qui renvoient les unes aux autres, à des sous-entendus partagés et il faut de longues années pour en décrypter l’essentiel. Le premier cadeau que nous pouvons faire à l’autre est, d’ailleurs, paradoxalement, de reconnaître que nous ne pouvons pas le comprendre totalement. Ensuite l’expérience de se frotter à une autre culture, d’user de patience, de se donner les moyens d’en saisir des éléments, reste quelque chose d’irremplaçable. On est loin, là, du surf rapide autorisé par Internet. Celui qui, expatrié, ou simplement collègue, voisin, ami de quelqu’un de différent de lui, a accepté de vivre une interculturalité positive, a acquis quelque chose de spécifique. Il prendra plus facilement pied dans une nouvelle culture et, surtout, il acceptera de suspendre son jugement avant d’en savoir davantage.

Sortir de chez soi
Le paradoxe des « juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Ac 2:5) le jour de la Pentecôte est qu’ils entendent la parole de Dieu dans la langue qu’ils appellent maternelle, alors même que leurs racines historiques sont en Palestine. Ce sont des juifs de la diaspora, qui vivent depuis plusieurs générations, des tensions culturelles, du fait même qu’ils habitent dans des sociétés où ils sont minoritaires et où leur foi est tolérée, sans plus. Cela les a-t-ils rendus plus réceptifs à l’action du Saint-Esprit qui vient les rejoindre dans leur langue, mais pour les introduire à un nouveau monde ? Le texte ne le dit pas. Mais il n’en reste pas moins que la Pentecôte survient à l’occasion d’une fête de pèlerinage où les gens sortaient des chez eux pour se rendre ailleurs.

Aller ailleurs, à la rencontre de l’autre, pour mieux comprendre ce que Dieu a à nous dire dans notre propre langue ? C’est une expérience maintes fois répétée. Devenons donc tous bilingues !

Frédéric de Coninck, sociologue