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Révoltes arabes : Heureux ceux qui ont faim et soif de justice !

reflexion2Devant ces révoltes arabes populaires contre des pouvoirs tyranniques et corrompus, on a parlé à juste titre de printemps des peuples. Et l’on s’est étonné : il n’y a donc pas non plus dans le monde arabe de fatalité à la domination des dictateurs ? On a eu la mémoire courte : pensons à la chute du mur de Berlin ! Nous avons vu des scènes étonnantes comme cette fraternisation entre coptes et musulmans, les uns et les autres brandissant la croix et le Coran côte à côte dans la même manifestation contre Moubarak.


Cela m’a rappelé le Serment du jeu de paume peint par David, qui comprend une scène de fraternisation entre le moine chartreux Dom Gerle, et le pasteur protestant Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne, symboles d’une ère nouvelle. Malheureusement les violences contre les coptes ont continué en mars et ceux-ci se plaignent comme hier de ne pas être protégés par cette armée pourtant louée par les manifestants. Mais ne devrions-nous pas être heureux avec ces peuples qui ont recouvré au moins en partie la liberté ?

Inquiétude dominante

Pourtant, face à ces peuples qui se soulèvent, n’est-ce pas en réalité l’inquiétude qui domine en Occident plutôt que la joie ? Nous, occidentaux, nous ne nous sommes guère inquiétés des souffrances de ces peuples tyrannisés. Quant à nos gouvernants, ils semblaient surtout préoccupés de vendre des armes aux tyrans et d’acheter leur pétrole. Mais voilà que ces peuples se soulèvent, qu’ils aspirent à la même liberté aux mêmes droits que nous, et alors au lieu de nous réjouir, nous nous inquiétons pour nos intérêts…Évidemment, nous ne savons pas ce que feront les nouveaux gouvernants égyptiens ou tunisiens, à quoi aboutira la réforme constitutionnelle lancée par le roi du Maroc. Appliqueront-ils l’adage de Tancredi dans le Guépard « Il faut que tout change pour que rien ne change »

Sauver l’honneur

Évidemment, nous ne savons pas au profit de qui se fera le rééquilibrage géopolitique... Washington et Jérusalem s’inquiètent, pas complètement à tort. Mais si la sécurité d’Israël doit nous tenir à cœur à nous chrétiens, nous reconnaissons aussi que la liberté et la justice sont des droits  pour tous les peuples. Jésus ne nous a pas appelés à avoir faim et soif de justice seulement pour nous mais pour tous !D’autres inquiétudes plus prosaïques se font jour : certains politiques s’inquiètent d’un afflux d’immigrants en Europe, qui s’est déjà produit sur l’île de Lampedusa. Une députée UMP a trouvé la solution : remettez-les dans le bateau ! Comme ces réactions sont lamentables ! Il n’y a peut-être que le Premier ministre espagnol qui a sauvé l’honneur des Européens en étant le premier chef de gouvernement à se rendre en Tunisie après la révolution de janvier et à trouver le ton juste, non-donneur de leçon. Alors nous, chrétiens, avons-nous vraiment faim et soif de justice ou juste la peur de perdre nos avantages ? Le théologien Jürgen Moltmann, qui a réfléchi aux implications politiques de l’Évangile, a écrit : « La véritable révolution a lieu… toutes les fois que l’homme est délivré de la soumission à ses intérêts et retrouve une vie fraternelle avec les pauvres et les humbles, avec les méprisés mais aussi avec les ennemis. » (1)

Luc Olekhnovitch, pasteur de l'EEL de Meulan

(1) Jürgen Moltmann, l’espérance en action, Seuil , 1973, p.18. Sur la question de la résistance à la tyrannie d’un point de vue chrétien à lire un petit livre fort instructif : Éric Fuchs et Christian Grappe, le droit de résister, le protestantisme face au pouvoir, Labor et Fides, 1990