Une vision industrielle de la procréation
A l’occasion de la révision de la loi de bioéthique, nos députés semblent voler au secours de l’industrie de la procréation. La commission spéciale de l’Assemblé nationale chargée de réviser les lois sur la bioéthique a en effet adopté le 26 janvier dernier, trois amendements autorisant : le transfert post-mortem des embryons, la congélation rapide des ovocytes, et le don d’ovocytes pour les femmes n’ayant pas d’enfants.
Procréation déshumanisée
Face à la demande (1) ils proposent donc de sécuriser l’approvisionnement, d’où le refus de la levée de l’anonymat du don de gamètes qui pourrait faire fuir les donneurs, mais aussi d’augmenter l’approvisionnement en élargissant le champ des donneuses d’ovocytes aux femmes nullipares, alors que la loi faisait auparavant obligation d’avoir déjà eu un enfant pour pouvoir être donneuse. Bien sûr la gratuité du don serait maintenue mais ne crée-t-on pas une pression sociale sur les femmes pour qu’elles donnent davantage leurs ovules au nom de la compassion ? C’est une exploitation du corps féminin au nom des bons sentiments ! Enfin la proposition de légaliser la congélation ultra-rapide d’ovocytes, technique qui pourrait permettre d’éviter la congélation d’embryons, est conçue dans le même sens : pouvoir disposer d’un stock d’ovocytes.
Cette vision industrielle de la procréation est une vision déshumanisante. Comment peut-on faire l’impasse aussi facilement sur le fait que la procréation avec dons anonymes de gamètes brise l’histoire de ces enfants qui se demanderont d’où ils viennent ? Il faut n’avoir pas entendu la souffrance des enfants nés de donneurs anonymes ! Même si tous ne réclament pas la levée de l’anonymat, tous en souffrent ou en ont souffert.
Prudence
Qu’on veuille améliorer les performances des centres d’assistance médicale à la procréation est normal, mais à condition de le faire dans le respect de l’être humain. Il y a encore bien des progrès à faire pour humaniser l’accompagnement médical des couples infertiles, mais aussi dans l’intérêt de l’enfant à naître qui a besoin connaître son histoire. J’étais personnellement favorable à la levée de l’anonymat du don de gamètes, mais l’expérience suédoise a montré que cette levée renforce chez les parents la pratique du secret sur la conception de l’enfant. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de bonnes solutions. Puisqu’on ne sait pas résoudre les problèmes créés par cette pratique de la procréation avec dons de gamètes, ne devrait-on pas la limiter plutôt que de l’élargir ? Quant à la proposition de légaliser le transfert d’embryon post-mortem elle me laisse perplexe : on a créé un problème en congelant ces embryons, on en crée un autre en programmant la naissance d’un orphelin de père. Messieurs les députés, encore un effort, ne considérez pas seulement l’intérêt des mandarins de la procréation, mais aussi celui de ces enfants qui grandiront et demanderont des comptes à leurs parents et à la société !
Luc Olekhnovitch, pasteur de l’EEL de Meulan
(1) Selon l’Agence de biomédecine, 2 000 femmes stériles auraient besoin, chaque année en France, de dons d’ovocytes mais seulement 500 donneuses seraient disponibles annuellement contre 7.800 dons de sperme par an. L’AMP avec don de gamètes ne représente que 6% de l’activité des centres d’AMP.