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Évangéliser est-ce provoquer ? Débat aux États généraux du christianisme à Lille

S’il y a quelque chose qui est toujours d’actualité c’est l’annonce de l’Évangile. C’est une parole qui ne s’use pas, contrairement aux bavardages médiatiques. C’est une parole de paix et de réconciliation dans un monde où des politiques mettent le feu en opposant Français de souche (?) et Français d’origine étrangère, mais c’est aussi une parole qui divise dans un monde qui rejette la foi en Jésus Fils de Dieu Sauveur. Consensus
L’hebdomadaire catholique La Vie a organisé fin septembre des « États généraux du christianisme » qui ont rassemblé plus de 3000 personnes à Lille. Lors de ce rassemblement s’est tenu un intéressant débat : « Évangéliser est-ce provoquer ? » (http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/evangeliser-est-ce-provoquer-25-09-2010-9893_16.php) Il réunissait trois catholiques, Philippe Bancon, délégué des Scouts et Guides de France, Marc de Leyritz, président d’Alpha France, Nathalie Becquart, directrice adjointe du service national pour l’évangélisation des jeunes, et fait remarquable, un évangélique, Étienne Lhermenault, qui a été très bien situé comme baptiste, ancien membre du bureau de la FPF et président du conseil national des Évangéliques de France. Il y a eu un consensus remarquable entre intervenants sur le fait qu’évangéliser ce n’était pas agresser. Le langage employé était significatif : Nathalie Becquart a parlé de l’Évangile comme une « douce bombe », Marc de Leiritz de la priorité à donner à l’« hospitalité de l’écoute » et  Étienne Lhermenault de réconciliation.
 
Ligne de fracture
Il en ressortait un beau désir commun d’annoncer  humblement  mais clairement l’Évangile à tous. A tous ? Non ! Sauf aux musulmans, et c’est là qu’est apparue une ligne de fracture : l’évangélique fut le seul à affirmer qu’il fallait leur annoncer l’Évangile.
Dans le discours des intervenants catholiques revenait comme une justification l’exemple des moines de Tibhirine qui ont été présents dans un village musulman sans chercher à convertir. Or un prêtre catholique d’Afrique du Nord racontait à un évangélique qu’après leur mort, de nombreux musulmans sont venus  frapper à sa porte pour l’interroger sur la foi chrétienne mais que les accords tacites passés avec le régime lui interdisaient de leur répondre ! Imagine-t-on les premiers chrétiens taire leur foi pour sauver leur statut ? L’exemplarité chrétienne doit être première mais elle ne doit pas être muette. Jésus a dit : « guérissez les malades » ce qu’on voit faire au moine-médecin dans le magnifique film de Xavier Beauvois, mais aussi « dites-leur que le Royaume s’est approché de vous ». Or le Roi et la porte du Royaume, c’est Jésus. D’ailleurs le prieur de Tibhirine ose dire au chef islamiste qui a forcé la porte du monastère que c’est Noël et qu’ils fêtent Jésus, « Issa ».
 
Manque d’amour
Je trouve admirable le témoignage des moines de Tibhirine, je respecte leur sacrifice mais je trouve scandaleux qu’on se serve d’eux pour faire taire, en France, les convictions chrétiennes face aux musulmans. D’autant plus à l’heure où se durcit la répression contre les chrétiens en Algérie. C’est un manque de solidarité avec les chrétiens algériens qui annoncent explicitement  l’Évangile et surtout un manque d’amour des musulmans. Si Dieu a envoyé son Fils, c’est pour ouvrir la porte du Royaume de Dieu. Refuser d’annoncer Jésus aux musulmans, que ce soit par peur, pour préserver les intérêts d’une Église-Institution, ou par théologie universaliste etc., c’est comme leur claquer au nez la porte du Royaume ! 

Luc Olekhnovitch
Pasteur de l'EEL de Meulan