Danger : École
Lors du récent caillassage d’un bus à Marseille, un syndicaliste interrogé à la radio affirmait qu’il était crucial de garantir la sécurité dans les transports en commun, car ils constituaient selon lui les derniers lieux de mixité sociale. En tant qu’enseignant, cette affirmation m’a déplu, mais j’ai dû rapidement me rendre à l’évidence : l’école n’est plus vraiment aujourd’hui un lieu de mixité sociale. Les problèmes de violence scolaire, avec des faits divers particulièrement graves et choquants, occupent l’espace médiatique et politique. En banlieue, où j’enseigne depuis 10 ans dans un établissement « sensible », ces questions de sécurité sont évidemment importantes, mais notre difficulté principale, au quotidien, réside surtout dans les difficultés scolaires d’élèves démotivés.
Exclusion sociale
Il semblerait que l’on cherche à soigner davantage le symptôme (les violences) que le mal (le divorce entre une partie de la jeunesse et l’école). Il est désolant de constater en banlieue combien toute mixité sociale a disparu : 82 % des familles de mon collège appartiennent à des catégories socioprofessionnelles très défavorisées. Comment motiver des élèves qui n’ont pas de modèle de réussite scolaire ? Comment exiger un suivi familial quand leurs parents eux-mêmes ont vécu une scolarité chaotique ?
S’il reste en France encore des écoles au recrutement très varié, il y a aussi des établissements (publics) pour riches et d’autres pour pauvres. L’école, qui reste (heureusement) pour une partie des élèves un moyen de promotion, est toutefois devenue, en particulier en banlieue, un facteur d’exclusion sociale. Le pourcentage de jeunes quittant le système scolaire sans aucune formation est préoccupant : pour eux l’école n’a pas été une chance, mais une succession d’échecs. N’est-ce pas d’abord cette déscolarisation qui rend des jeunes violents ?
Responsables
Alors à qui la faute ? Aux jeunes qui n’ont plus le goût de l’effort ? Aux familles qui ne remplissent pas toujours leur rôle ? Aux méthodes d’enseignement et aux rythmes scolaires ? Sans doute un peu à chacun : la réponse est complexe et ne saurait en tout cas se résumer à l’installation d’un dispositif de sécurité aux grilles de l’école …
Je me demande finalement si l’école n’est pas à l’image de notre société. Réfléchissez : connaissez-vous beaucoup de lieux où l’on trouve à la fois de la mixité et de l’échange ? Vue de banlieue, la société française n’est pas tendre ; les discriminations, en particulier à l’embauche, sont une réalité. Peut-être faudrait-il repenser aussi notre modèle social...
Et mon Église dans tout ça ? Quel est son modèle social ? Évolue-t-elle également à l’image de notre société ou porte-t-elle son propre modèle ? Mon Église est-elle un lieu de mixité sociale ? Quel immense défi pour nous chrétiens, et quel puissant témoignage : vivre l’unité dans nos différences, afin qu’il n’y (ait) plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme, car tous vous êtes un en Jésus Christ » (Galates 3:28).
Laurent Brabant,
professeur d’histoire et géographie, membre de l’EEL de Meulan
Laurent Brabant,
professeur d’histoire et géographie, membre de l’EEL de Meulan