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Heureux les ouvriers... de paix sociale ?

Nous avons certainement encore à l’esprit les images du saccage de la sous-préfecture de Compiègne par des ouvriers de l’usine Continental de Clairoix. Ce défoulement de casseurs est injustifiable et d’autant plus choquant qu’il s’exerçait contre un symbole de l’État, alors même que celui-ci jouait un rôle de médiateur. Mais il ne faut pas isoler cette violence de son contexte : la violence sociale d’une mondialisation financière qui suit une logique de rapine où les ouvriers sont réduits à une variable d’ajustement.
Le lien social, ingrédient indispensable
Autre indice inquiétant pour l’avenir des rapports dans l’entreprise, dans un sondage CSA pour « Le Parisien » du 7 avril 2009, 45 % des personnes interrogées jugent « acceptable » le fait de séquestrer des patrons. De l’avis général, ce ne sont pas les syndicats qui poussent à la séquestration, mais une base qui se radicalise. On a remarqué que ces actions ont eu lieu dans des entreprises appartenant à des groupes internationaux où il n’y a plus de lien social entre direction et production. Quand on parle de « violence sociale », il faut donc se méfier de la généralisation et de la dramatisation médiatique, et relativiser au regard de l’histoire en pensant qu’en France, au XXe siècle encore, des gendarmes tiraient sur des grévistes. Cependant la précarité qui s’installe sur le marché du travail, et le fait qu’elle touche en particulier les jeunes, créent une situation sociale très inquiétante.
 
Dans un tel contexte, quelle peut être l’attitude des chrétiens ? Tout d’abord un refus net de la violence : « Ne comptez pas sur la violence !» Ps 62.11 (TOB, Semeur) Ensuite privilégier le dialogue : « heureux les ouvriers de paix ! » Il est regrettable que les chrétiens convaincus des vertus du dialogue ne s’investissent pas plus dans les syndicats, laissant le champ à une extrême-gauche qui privilégie l’affrontement. Trop souvent, les chrétiens se contentent de dénoncer. Mais est-ce suffisant ?
 
L’amitié sociale, graine du Royaume
Nous nous sentons, nous chrétiens, bien petits face à l’énormité des problèmes. Mais Jésus nous invite non pas à nous en remettre aux « puissances » de ce monde mais à semer les petites graines du monde à venir : le Royaume de Dieu. Ce qu’il demande aux chrétiens, c’est d’agir chacun suivant ses capacités et, à l’heure où l’idole du profit à court terme détruit les liens sociaux, d’investir dans les relations. J’interrogeais récemment une chrétienne, engagée dans la défense du personnel, sur le climat social dans son entreprise : elle me confirmait sa dégradation : même des syndicalistes justifient la casse de l’instrument de travail en réplique à la casse sociale. Dans le même temps, elle me décrivait comment elle-même essayait de défendre des intérêts du personnel et d’aider concrètement par le biais du comité d’entreprise, par exemple en permettant à une mère isolée à partir en vacances avec ses enfants. J’ai été frappé de la convergence de ce que m’expliquait cette amie avec l’analyse de Frédéric de Conink dans son livre « La justice et l’abondance » (Editions la Clairière, Québec, 1997, p.79) où il s’appuie sur la parabole de l’intendant infidèle pour montrer l’importance de l’amitié sociale : « commençons par mettre en œuvre la générosité là où nous sommes, là où nous travaillons… On sous-estime toujours le poids qu’une minorité peut avoir. Il arrive qu’elle déstabilise de grands systèmes. ». Alors n’hésitons pas à semer ce petit grain de sénevé de l’amitié sociale ! 
 
Par Luc Olekhnovitch
Pasteur de l'EEL de Meulan