Seigneur, n’sommes pas c’que nous étions
L’élection d’Obama suscite encore bien des échos. Cette rubrique est publiée conjointement avec les journaux Horizons évangéliques, Christ Seul (mennonite) et En route (méthodiste). L’article de ce numéro est proposé par Christ Seul.
L’élection de Barack Obama le 4 novembre 2008 comme 44e président des États-Unis est un événement historique dans le calendrier des Afro-américains. Elle est, à bien des égards, une illustration éloquente de l’aspiration à la justice de Martin Luther King. Encore que la route vers la justice soit encore longue pour les Noirs et les Latinos. Au point pour nous d’affirmer que l’arbre (de la justice) ne doit pas nous cacher la forêt (de l’injustice). Cependant, passer « des champs de coton à la Maison Blanche » (Nicole Bacharan), n’est-ce pas un pas considérable pour l’Amérique ?
Un prophète
La victoire d’Obama rappelle les paroles prophétiques de King le 28 août 1963 : « Je rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais à la mesure de leur caractère. » Une prophétie désormais en voie d’accomplissement. Toutefois, si certains voient dans cette victoire, hélas ! « une revanche vivante à la tragédie noire », pour ma part, j’y vois une victoire de l’Amérique sur elle-même, et une réponse (du Ciel) aux cris des esclaves sur les plantations. C’est une victoire qui lave l’Amérique du Nord de la honte et de la culpabilité de la traite, de l’esclavage et de la ségrégation raciale. Et qui la réhabilite comme nation démocratique et civilisée.
Le soir de l’élection, en voyant couler des larmes de joie sur le visage de bon nombre d’Américains blancs et noirs, je me suis rappelé ces paroles de King : « Un jour, même là, en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront mettre leur main dans celle des petits garçons blancs et des petites filles blanches, comme des frères et des sœurs. » A vrai dire, plus j’y pense, plus je crois que Dieu a honoré le courage de ce prophète de l’espérance qui avait foi en Dieu.
En pleine mutation
L’élection d’Obama a eu un écho imprévisible dans le monde grâce au Tout-Monde – concept d’Édouard Glissant pour signifier la globalisation de notre terre. Elle a (re)donné l’espérance à tous les damnés de la terre ; en particulier aux Noirs américains « entrés dans la puissance étasunienne, [qui en constituent] un de ses fondements, mais [qui sont] aussi comme un de ses manques ». Certes, tout n’a pas changé, et il reste du chemin à parcourir, mais l’Amérique de 2009 ne ressemble pas à l’Amérique des années cinquante et soixante. Les USA sont une nation en pleine mutation anthropologique, et ce changement n’est pas sans lien avec le combat pour les droits sociaux ainsi qu’avec la prière des esclaves des plantations pour sa totale transformation.
Enfin, relevons que Martin Luther King a toujours cru en son pays, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a combattu si énergiquement les injustices sociales et économiques. Et c’est sur ce terrain-là que cette action de grâces d’un esclave-prédicateur prend tout son sens : « Seigneur, nous n’sommes pas c’que nous devrions être, nous n’sommes pas c’que nous voudrions être, nous n’sommes pas c’que nous serons. Mais, grâces te soient rendues : nous n’sommes pas c’que nous étions. »
Par Jean-Claude Girondin,
directeur du Département action et formation à Agapé France et pasteur de l’Eglise mennonite de Villeneuve-le-Comte