Un rêve en marche ?
L’émotion suscitée par l’investiture du nouveau président des Etats-Unis légitime-t-elle tous les espoirs ?
Cette rubrique est publiée conjointement avec les journaux Horizons évangéliques, Christ Seul (mennonite) et En Route (méthodiste).
Nous avons commémoré l’année dernière les quarante ans de l’assassinat du pasteur noir Martin Luther King, le 4 avril 1968. Cet homme s’était levé pour combattre, car il n’acceptait pas l’oppression subie par son peuple. Il rappelait que Dieu veut la liberté et la dignité de tout homme, qu’il veut la justice pour tous. Le 28 août 1963, centenaire de la proclamation d’émancipation des esclaves par Abraham Lincoln, il organisa une grande marche sur Washington où il prononça son célèbre discours « I have a dream » (« Je fais un rêve »), rêve d’égalité et de fraternité à une époque troublée de l’histoire américaine. Le 20 janvier 2009, dans le pays de Martin Luther King, le monde entier a pu assister en direct à l’investiture du 44e président des États-Unis, Barack Hussein Obama, premier président noir.
L’épreuve de la réalité
Mais nous sommes dans un contexte de crise économique et financière majeure, doublée d’une crise sociale et de son cortège de chômage et d’exclusion. Viendra bientôt sans doute, pour nombre de pays, une crise politique, car il faudra bien se demander comment ceux qui sont en charge du bien commun n’ont rien vu venir d’une si rapide déroute généralisée. Comment oublier aussi la crise écologique ? Toutes ces crises relèvent d’une même logique, celle d’un modèle économique ultra-libéral mis en place dans les années 1980 avec son idéologie libre-échangiste et strictement individualiste. Cette course au profit maximum ne pouvait plus durer. Mais dans tout cela, le plus grave c’est que la majorité de la population, surtout les plus pauvres et les plus fragiles, fera les frais de l’augmentation du chômage et du ralentissement de l’économie. Et chacun de s’interroger sur les moyens de sortir de la crise. Le monde attend même un sauveur qu’il croit trouver en la personne de Barack Obama. Ce jeune président afro-américain n’a-t-il pas promis plus de justice et plus d’attention aux faibles dans cette Amérique où la réussite sociale et la richesse sont gage de bénédiction divine ? N’a-t-il pas prêté serment sur la Bible d’Abraham Lincoln et n’a-t-il pas choisi le pasteur méthodiste Joseph Lowery pour la bénédiction clôturant la cérémonie d’investiture ? Celui-ci, rappelant son combat avec Martin Luther King dans les années 1960, a raconté avoir prié pour que son pays élise un jour un président noir mais en pensant qu’il ne vivrait pas assez longtemps pour le voir. Le rêve semble se réaliser.
Oser espérer malgré tout
Restons réalistes, car le monde découvrira sans doute également en Barack Obama, dans les mois à venir, le président gestionnaire d’une Amérique elle aussi condamnée à l’impuissance. Mais osons espérer contre toute espérance, même si ce rêve de justice et de dignité pour tous, prophétisé par Martin Luther King, semble utopique. Car c’est de Dieu en effet qu’en dépend la réalisation, et la tâche du prophète est de stimuler l’action présente en regardant vers Lui.
Par Marc Optiz,
membre de l’EEL de Paris-Alésia