Les cris de la crise
J
’écris ces quelques lignes tout au début de la nouvelle année 2009. Les commentaires sur 2008 ont tous évoqué la crise financière qui est devenue crise économique. Celle-ci évoque chez moi quelques comparaisons sur le rôle des Églises dans notre monde moderne.Revirements
Vous vous souvenez de tous ces hommes importants (plutôt des hommes que des femmes) qui ont crié « moins d’État » jusqu’en automne dernier. En octobre, un économiste renommé en Suisse s’est vanté de l’avantage du système bancaire suisse, qui a réagi assez tôt et n’a pas eu besoin d’une intervention de l’État. Son article a été publié le week-end même où le conseil fédéral et la banque nationale suisse ont finalisé le paquet financier de plus de 60 milliards pour aider la plus grande banque suisse. La semaine suivante, le même économiste a concédé que la gravité de la crise a demandé une telle intervention spectaculaire.
Vous vous souvenez de tous ces gens qui critiquent les Églises quand elles se prononcent sur des thèmes de société. Ils veulent une stricte séparation entre l’Église et l’État : les Églises ne devraient s’occuper que des besoins religieux au niveau privé des gens. Toutefois, à l’heure où des valeurs s’écroulent, beaucoup s’aperçoivent du lien existant entre ce qui constitue le fondement d’une personne et ce que cette personne apporte à la vie dans la société.
Engagements
La société moderne est complexe. Il n’y a pas de réponse simple. La crise actuelle a démontré brutalement que l’économie néo-libérale n’apporte pas le bien-être promis pour tous. La société moderne ne peut évoluer sainement que dans un équilibre entre les différenciations fonctionnelles que sont – à côté et de même valeur que l’économie – le droit, la science, la politique, l’éducation et la religion. Une économie qui veut dominer tout mène au désastre. Ce déséquilibre n’a pas fait de victimes seulement parmi les grandes fortunes qui ont perdu des millions à la Bourse, ni seulement parmi un nombre croissant de chômeurs dans nos pays occidentaux. Les victimes les plus nombreuses vivent loin de nous. Elles n’ont jamais eu de fortune, mais leur lutte pour survivre deviendra encore plus dure.
Quelle sera la réaction des chrétiens ? Pleurs et lamentations sur le monde qui est mauvais ? Ou s’engagent-ils pour le bien – également dans les autres sphères de la société : économie, droit, science, politique et éducation ? Œuvrent-ils pour la qualité de vie au lieu de la quantité de biens ? Et gardent-ils un esprit critique pour faire la différence entre les deux ? Contribuent-ils ainsi à une société plus juste – pour tous ? Cela sera une belle conséquence de notre foi en un Dieu qui entend le cri
du pauvre.
Par Patrick Streiff,
évêque de l’Eglise évangélique méthodiste