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Accueil Actualité La religion à l'école ?

Toutes sortes de commentaires ont déjà accompagné la remise, en février, du rapport commandé par le Ministre de l’Education Nationale Jack Lang à Régis Debray pour « réexaminer la place dévolue à l’enseignement du fait religieux … dans un cadre laïque et républicain ». PLV tentera d’apporter sa petite pierre !

De la belle écriture

Dire tout d’abord que ce document est fort bien écrit, en une langue riche et subtile, qui ne masque pas, dans sa subtilité, les idées avancées, mais offre au contraire des éléments de réflexion peu communs dans un rapport de ministère…

Partant des attendus de l’opinion française dans sa majorité – de nombreuses raisons justifient de renforcer l’étude du religieux dans l’école publique -, l’auteur analyse d’abord les résistances, venues du « clan » laïque comme du monde ecclésiastique, que rencontrera toute volonté ministérielle de changement. Puis il s’intéresse aux contraintes que le système éducatif et son stade actuel d’évolution imposeront à toute nouvelle mesure. Le chapitre suivant lui permet de définir de façon assez précise le principe de laïcité qui inspire les recommandations constituant le dernier chapitre du document.

Voici, au fil du texte, quelques exemples de la pertinence de ce texte :

« … rupture des chaînons de la mémoire nationale et européenne où le maillon manquant de l’information religieuse rend strictement incompréhensibles, voire sans intérêt, les tympans de Chartres, la crucifixion du Tintoret, le Don Juan de Mozart … l’ignorance où nous sommes du passé et des croyances de l’autre, grosse de clichés et de préjugés… Le but n’est pas de remettre ‘Dieu à l’école’ mais de prolonger l’itinéraire humain à voies multiples … L’histoire des religions … peut contribuer à relativiser chez les élèves la fascination conformiste de l’image, le tournis publicitaire, le halètement informatif, en leur donnant des moyens supplémentaires de s’échapper du présent-prison, pour faire retour, mais en connaissance de cause, au monde d’aujourd’hui… l’enseignement du religieux n’est pas un enseignement religieux… c’est l’univers symbolique comme tel … dont l’école se doit d’étendre l’intelligence réflexive et critique. Comment retracer l’aventure irréversible des civilisations sans prendre en compte le sillage laissé par les grandes religions ? … L’école républicaine ne doit-elle pas faire contrepoids à l’audimat, aux charlatans et aux passions sectaires ? S’abstenir n’est pas guérir… Dire le contexte historique sans la spiritualité qui l’anime, c’est courir le risque de dévitaliser. Dire, à l’inverse, la sagesse sans le contexte social qui l’a produite, c’est courir le risque de mystifier… Il est parié ici sur une troisième voie … : informer des faits pour en élaborer les significations… »

Laïcité bien comprise

Dire aussi que la laïcité selon Régis Debray est sans doute bien la même pour laquelle les protestants ont pris position de façon militante lors des débats qui ont conduit au vote de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ayant constaté à de multiples reprises, et trouvé affligeantes, les attitudes bornées de collègues « laïcards », j’apprécie le souffle libérateur d’une définition enfin juste de ce principe si fondateur dans notre système éducatif. Nous lisons que «la laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres»- or si souvent c’est devenu une vraie religion qui chassait toute autre référence à la croyance -, «elle est ce qui rend possible leur coexistence». Voilà donc reconnue l’existence de la dimension spirituelle de la personne, l’élève que nous prétendons éduquer, en l’occurrence. Bien évidemment, la volonté affirmée ici de lutter contre l’analphabétisme religieux se met au service de la tolérance nécessaire dans une société multiculturelle, et non au service de la proclamation de l’Evangile ! Mais reconnaître enfin que les aspirations spirituelles font partie intégrante de l’être humain et ne sont pas que la marque d’un obscurantisme dépassé pourrait revitaliser l’approche éducative à bien des égards. Comme l’écrit Régis Debray : « Le temps paraît maintenant venu du passage d’une laïcité d’incompétence (le religieux, par construction, ne nous regarde pas) à une laïcité d’intelligence (il est de notre devoir de le comprendre) ».

Limites évidentes

Dire enfin que, si ce rapport ouvre bien des fenêtres, il peut y avoir loin des recommandations à leur réalisation ! Ayant écarté d’emblée, - était-ce légitime ? -, l’hypothèse d’une matière en plus dans les programmes, le rapport prône donc la formation des enseignants des disciplines existantes, et l’évocation des questions religieuses à l’occasion de travaux interdisciplinaires, tels les itinéraires de découverte au collège, les travaux personnels encadrés au lycée. Ce saupoudrage, aux mains d’enseignants plus ou moins compétents, plus ou moins convaincus du bien-fondé de la démarche, servira-t-il vraiment à démonter les a priori, et à libérer du complexe de prosélytisme ? Ce que l’on peut peut-être en attendre, c’est un certain assouplissement envers la demande de création de clubs bibliques dans les lycées, … mais à part égale avec un club musulman ou juif … Why not ? !

Mireille Boissonnat