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Le rôle des Églises dans la société

Il y a deux semaines, je suis rentré d’une visite des Églises méthodistes locales dans le sud de la Pologne. La région possédait beaucoup d’industries lourdes pendant la période communiste. Elle est en train de vivre une transformation du tissu économique comme beaucoup d’autres régions et pays au centre de l’Europe.
Dans la ville de Katowice, j’ai été reçu par le maire. Entre beaucoup d’autres séances, il s’était réservé le temps de nous rencontrer. Le maire souligne la contribution importante des Églises chrétiennes pour le bien de sa ville. Ces paroles ne sont pas seulement de courtoisie. Il les a mises en acte par un soutien visible à des initiatives des Églises, particulièrement lorsqu’elles se sont engagées dans une bonne collaboration œcuménique. Je lui pose la question de ce qu’il attend des Églises. Il nous parle des difficultés d’une jeune (et parfois moins jeune) génération à trouver un sens à la vie et des valeurs sûres dans une société en évolution rapide. Il attend que les Églises en parlent et offrent sens et valeurs à la population. Vers la fin de notre entretien, je lui dis que je ne trouve pas partout une telle ouverture et un tel encouragement actif pour la contribution des Églises.

Bien sûr, les rapports entre Églises et État sont différents selon les pays, même au sein de ceux de l’Union européenne. Le modèle français est différent du modèle anglais. Les Hongrois ont une approche différente de celle des Polonais, etc. Certaines approches facilitent le travail des Églises, d’autres l’entravent. L’ambiance dans certains pays est à la suspicion de toute dérive sectaire alors que, dans d’autres pays, les Églises profitent toujours et encore d’un immense capital de confiance et d’estime, du moins les Églises historiques.
À nous – les communautés chrétiennes – de profiter alors des ouvertures et de ne pas abandonner notre engagement en raison des adversités. C’est ce à quoi Jérémie appelait les exilés qui ne voulaient plus s’engager dans un monde hostile. Il les a appelés à chercher le bien de la ville où ils habitent (Jr 29.5-7). Ce bien réside certainement dans les valeurs que les chrétiens retirent de leur lecture de la Bible et essayent de mettre en pratique dans leur vie de tous les jours. Mais je ne limiterais pas seulement l’apport des chrétiens aux valeurs et aux mœurs. Si les chrétiens prennent au sérieux l’Évangile du Christ, la valeur d’une personne ne se mesure pas à ce qu’elle apporte positivement à la société. L’Évangile du Christ donne valeur à toute personne, au-delà de ses réussites et ses échecs. L’Évangile du Christ commence avec le pardon qui donne une toute nouvelle base de vie au-delà de la valeur morale ou sociale qu’on attribue à une personne selon ce qu’elle fait et contribue. Je souhaite que l’engagement des Églises se fasse davantage sur cette base pour offrir la chance de la grâce divine, d’un nouveau début à chaque être humain.

Par Patrick Streiff,
évêque de l’Eglise évangélique méthodiste