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Ecologie, croissance… et christianisme

La France est, paraît-il, « à l’heure de choix cruciaux en matière environnementale ». Depuis l’ouverture en juillet dernier du “Grenelle de l’environnement”, les questions écologiques ont le vent en poupe. Dans un exercice de concertation jusque-là inédit, l’Etat, les collectivités locales, les organisations non gouvernementales écologistes, le patronat et les syndicats ont tenté de redéfinir les grands axes de la politique environnementale de la France.
Jusqu’à la table ronde finale des 24 et 25 octobre 2007, les associations écologistes ont maintenu la pression pour que ce Grenelle ultra-médiatisé “n’accouche pas d’une souris” face à la puissance des lobbies. Et les mesures avancées balaient presque tous les grands thèmes : agriculture, transports, habitat, consommation, énergie, etc.
Les principaux enjeux qui semblent aujourd’hui se dessiner concernent la création d’une éco-redevance pour les poids lourds et l’arrêt de la construction d’autoroutes, la généralisation de l’isolation des habitats, la taxation de toutes les activités utilisant l’énergie fossile, la systématisation de l’éco-étiquetage (qui consiste à afficher le coût environnemental des produits), l’adoption d’une loi sur les OGM, la réduction des particules atmosphériques, le recyclage de 60 % des déchets ménagers en 2015…

Conflits d’intérêts
Selon Henri Proglio, p-dg de Veolia Environnement, « l’occasion nous est donnée de nous confronter à la seule vraie question : sommes-nous les uns et les autres en accord pour admettre que les pollutions et les nuisances qu’engendre le progrès soient éliminées ou traitées, qu’il n’est plus question de les accepter, fût-ce tacitement, ni d’en reporter la charge sur les générations futures ? » (Le Monde daté du jeudi 25 octobre 2007). Selon lui, l’esprit de Grenelle veut répondre “oui” tout en présupposant que l’augmentation de nos efforts dans l’élimination des pollutions n’est pas un handicap dans la compétition économique. Il voit ainsi le développement durable comme une conciliation dynamique de la croissance économique et de la défense de l’environnement. Un avis que ne partagent pas d’autres spécialistes, adeptes de la décroissance.
Se développer/préserver la terre, le dilemme est déjà présent dans le livre de la Genèse, lorsque Dieu ordonne à l’homme de se multiplier sur la surface de la terre tout en lui donnant le statut de gardien de la création. « L’Eternel Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver (travailler, servir) et le garder (veiller, protéger) », Gn 2.15. Selon la Bible, l’homme hérite ainsi d’une sorte de “mandat créationnel” ; il peut multiplier ses activités tout en gardant à l’esprit sa responsabilité vis-à-vis de la création… et de son Créateur. Selon A Rocha, une association chrétienne et scientifique qui contribue à la préservation de la biodiversité, « la foi chrétienne donne une base cohérente à la vie tout entière, qui inclut l’environnement. Le respect et la protection de la Création s’inscrivent dans la relation personnelle que l’on a avec notre Créateur. » Le Grenelle de l’environnement veut faire entrer notre pays dans une nouvelle phase, qui passera tout d’abord par une réforme des mentalités. Dans ce grand défi qui nous attend, les chrétiens auraient-ils un “grain de sel” à apporter ?

Olivier Muller,
de l’Eglise réformée des Batignolles à Paris