Faut-il avoir peur de la RFID ?
Qèsaco ? RFID signifie Radio Frequency Identification ou radio-identification ; elle désigne une méthode de stockage et de lecture de données à distance en utilisant des transpondeurs. Les transpondeurs sont de petits objets, tels que des étiquettes autocollantes ou de petits tubes de verre de la taille d’un grain de riz, qui peuvent être collés ou incorporés dans divers produits. Un transpondeur contient une puce électronique connectée à une antenne lui permettant de communiquer avec un émetteur-récepteur jusqu’à deux-trois mètres de distance. On trouve des transpondeurs dans les clés de voiture, les étiquettes de produits au supermarché, les badges d’accès aux bâtiments ou aux stations de ski ; on les utilise pour marquer le bétail ; on les injecte sous la peau des animaux de compagnie et parfois des humains. En 2006, la production mondiale de puces RFID a dépassé le milliard.
Diverses réactions
La diffusion et le potentiel de cette technologie suscitent évidemment des inquiétudes du côté de quelques chrétiens qui y voient – comme jadis pour le code-barres – le sceau de la Bête, sans lequel il ne sera plus possible ni d’acheter, ni de vendre. Ils sont rejoints dans leurs inquiétudes par les associations pour la défense des consommateurs qui craignent de voir s’estomper progressivement la frontière entre la « traçabilité » des objets et des individus. Sur le plan politique, on observe que les États-Unis tendent à faire confiance à la capacité du marché de s’auto-réglementer, alors que l’Union européenne a jugé la question suffisamment sérieuse pour lancer une consultation à large échelle afin de légiférer de manière appropriée.
La RFID apporte des avantages indéniables sur le plan économique (sécurité, optimisation des processus industriels, etc.), avantage dont le consommateur bénéficie directement et indirectement. Mais elle comporte aussi une part de risque, principalement pour la sphère privée des individus. Dans Le Système technicien, Jacques Ellul décrit le monde technique comme un système devenu autonome et par rapport auquel notre degré de liberté est beaucoup plus réduit qu’il n’y paraît. De plus, contrairement à une idée commune, Ellul démontre que la technique n’est pas neutre : sa valeur ne dépend pas de l’usage qu’on en fait, mais elle est intrinsèquement ambivalente : elle porte en elle à la fois le positif et le négatif.
Ainsi, vis-à-vis de la RFID (maillon du système technicien), mais plus encore vis-à-vis des technologies de l’information, l’illusion de l’homme, croyant ou non, serait de se croire encore libre. « C’est en reconnaissant sa non-liberté qu’il attestera sa liberté », dit Ellul. À relire son Bluff technologique (Hachette, 1988), on se rend vite compte de la futilité à vouloir faire de la RFID la technologie emblématique de l’antichrist. Ce n’est pas cette technologie en particulier qui est inquiétante, mais le système duquel elle procède.
Thomas Gyger,
ingénieur en électronique,
ancien de l’église mennonite des Bulles, près de La Chaux-de-Fonds (Suisse)