Voter lucidement, critiquer humblement
Le grand jeu de la séduction fait à nouveau la une de nos quotidiens et autres journaux télévisés. Je veux parler, vous l'aurez compris, des élections présidentielles d'abord, législatives ensuite, qui vont occuper le devant de la scène pendant les semaines qui viennent.
Si ces grands rendez-vous démocratiques sont un miroir de notre société, alors ils renvoient d'elle de belles apparences pour une triste réalité. Stratégies de communication, mises en scène télévisuelles, discours passionnés sont servis avec professionnalisme aux citoyens que nous sommes - voici pour les belles apparences - mais le dénigrement de l'adversaire, la mise en accusation des choix précédents et les pieuses déclarations d'intention tiennent lieu respectivement de programme politique, d'analyse de société et de projet d'avenir - voilà pour la triste réalité.
En fait, l'affrontement des personnes a pris le pas sur le débat d'idées, le look des candidats compte plus que leurs capacités (n'a-t-on pas glosé sur les costumes de Lionel Jospin ?) et la protestation de bonne conscience est assénée comme une preuve de vérité (combien d'" affaires " révélées n'ont nullement empêché la réélection des personnes incriminées ?).
On peut sans doute s'offusquer d'une telle situation, mais il ne faudrait pas oublier notre part de responsabilité en la matière. En effet, quoi que nous pensions de l'état de la démocratie française, nous avons contribué à l'élection de ces dirigeants au moyen du suffrage universel. Ils représentent donc le peuple qu'ils gouvernent dans les deux sens du terme : ils ont sa délégation pour agir sur le plan politique et ils lui ressemblent dans leur façon d'être sur le plan psychologique.
Sauf à nous désolidariser complètement de la société dans laquelle nous vivons , les montrer du doigt, c'est aussi nous mettre en cause. Or il me semble qu'en chrétiens, nous devrions être à la fois plus lucides et plus humbles dans la critique du pouvoir.
Un seul exemple servira à illustrer mon propos : la propension des politiques à mentir. Vous vous souvenez certainement de tel maire d'une grande ville de France qui, suite à une proposition d'alliance avec le Front National susurrée à l'oreille par ses alliés, clamait (je cite de mémoire) : " Il vaut mieux perdre des élections que vendre son âme ". J'ai alors applaudi des deux mains pour m'apercevoir peu de temps après qu'il avait vendu son âme … à d'autres intérêts ! Je pense aussi à cet autre élu d'un département de l'Ile-de-France qui n'hésitait pas à dire franchement : " les promesses n'engagent que ceux qui y croient " ! On ne saurait être plus clair, le mensonge est bien une tactique en politique. Mais au fond nous le savons tous bien, les hommes et les femmes qui veulent se faire élire doivent non seulement enjoliver la réalité, mais aussi mentir pour accéder au pouvoir. Pourquoi donc ? Sinon parce que les électeurs dont nous sommes aiment entendre des choses agréables plutôt que d'affronter la réalité. Si l'un ou l'une de ces prétendants se risquait à dire ce qui attend probablement les citoyens : une remise à plat du système des retraites, une rupture avec l'égoïsme catégoriel si la France voulait rester à la fois solidaire et compétitive…, il aurait bien peu de chances d'être entendu et encore moins d'être suivi s'il était élu.
Reconnaissons-le, gouverner les égoïstes que nous sommes n'est pas une sinécure. Et ce n'est pas parce que nos élus ont leurs faiblesses (bien semblables aux nôtres au demeurant) que nous pouvons simplement ou nous désintéresser de la chose publique ou grossir les rangs des mécontents ou nous opposer stérilement comme le font trop souvent partis politiques et syndicats.
Par contre, faire savoir par notre vote et notre engagement " citoyen " que nous approuvons les hommes et les femmes de parole, que nous saluons le courage politique et que nous apprécions les convictions fortes et le sens de la justice est une contribution toujours utile à la démocratie et, je le crois, agréable au Seigneur que nous servons. Alors malgré toutes les vicissitudes du jeu politique, ne nous décourageons pas, prions fidèlement pour ceux qui nous gouvernent et usons avec sagesse de notre droit de vote.
Etienne Lhermenault
Secrétaire général de la FEEB
PLV mars 2002