Torture : les évangéliques sortent de leur silence
En règle générale, on ne connaît des évangéliques d’Outre-Atlantique que les positions concernant l’avortement, l’homosexualité ou le soutien à leur gouvernement actuel. Sur la question de la torture, depuis que le sujet était revenu sur le devant de la scène médiatique, je n’avais pas trouvé de déclaration claire de leur part.Je me disais donc qu’ils devaient, en gros, suivre l’opinion publique qui, il faut bien l’avouer, là-bas comme ici, est peu sensible à cette question... Aussi, tremblais-je en lisant sous la plume d’un journaliste de la Convention baptiste du Sud (SBC)(1), lui-même se référant à un éminent professeur d’éthique de la même convention, que si la torture était bien condamnable, on ne pouvait exclure qu’elle soit nécessaire dans certaines conditions exceptionnelles. Son intention était de prendre le contrepied d’une récente déclaration intitulée « An Evangelical Declaration Against Torture » (2) (Déclaration évangélique contre latorture).
Cette déclaration, signée de 26 personnalités et théologiens du monde évangélique américain, dont les responsables de la National Association of Evangelicals (NAE – principale organisation pan-évangélique aux États-Unis), présente une position très argumentée contre la torture, quelles que soient les circonstances, dans l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Convention de Genève. L’argumentaire, dans la plus stricte théologieévangélique, est un plaidoyer destiné en particulier au gouvernement américainactuel avec lequel elle n’hésite pas à prendre ses distances.
Les évangéliques américains sortent donc de leur silence ! L’aile progressiste (représentée en particulier par le mouvement Sojourners (3) ou par l’ancien président Jimmy Carter) avait depuis longtemps pris ses distances avec la politique américaine en matière de torture. Mais la nouveauté, c’est qu’une partie de l’aile droite des évangéliques américains s’exprime sur ce sujet (4). Certains reprochent à la NAE cette ouverture. Tous, dans cette aile à la droite de la droite, ne défendent pas pour autant la pratique de la torture (5), mais ils sont pour le moins réticents à critiquer le gouvernement qu’ils ont largement contribué à mettre en place.
Il y a encore du chemin à parcourir... Mais, alors qu’il semble que le mouvement général va dans le sens d’une relativisation de l’interdiction de la torture, on ne peut que se réjouir de trouver de nouvelles voix qui s’ajoutent au combat contre la torture. Leur argumentation peut de plus, certainement,nous inspirer.
(1) Erin Roach, « NAE Torture Declaration‘Irrational’ », www.bpnews.net, 15 mars 2007.
(2) Déclaration consultable à l’adresse suivante : www.evangelicalsforhumanrights.org.
(3) www.sojo.net.
(4) Classification des milieux évangéliques américains cités. La SBC : très conservatrice et à tendance fondamentaliste. Elle se soucie principalementdes questions liées à la famille, l’homosexualité et l’avortement. La NAE : conservatrice mais pas forcément fondamentaliste. Elle est sensible auxmêmes questions que la SBC mais a élargi ses préoccupations aux problèmes environnementaux et à la torture. Ces ouvertures sont combattues parla « droite évangélique » stricte qui lui reproche d’éloigner les évangéliques de leurs combats primordiaux (avortement, homosexualité).Sojourners : mouvement évangélique résolument progressiste qui souligne plus volontiers les questions liées à la pauvreté, au racisme et à la guerre et à sesconséquences (notamment la torture).
(5) Voir à ce sujet les articles du site www.evangelicaloutpost.com/torture