« Adieu messieurs, mesdames les professeurs »
Où est le temps où nous chantions en chœur ce célèbre refrain d’Hugues Aufray quand un professeur partait à la retraite, certain d’être remplacé ? Pour la rentrée prochaine, en France, il est prévu une suppression de plus de 5000 postes dans l’Education Nationale.
Fin 2006, lors d’une réunion au lycée de ma fille, les professeurs nous expliquaient la raison de leur grève : « Un manque de reconnaissance de leur métier… vu les suppressions de postes, leur polyvalence souhaitée, les changements prévus dans leur régime de retraite… » Aujourd’hui, si les professeurs sont beaucoup plus diplômés qu’autrefois, parfois même surdiplômés, le titre de professeur n’est plus gage d’autorité et de notabilité. Ce manque de reconnaissance sociale rejaillit sur la vie en classe, là où justement on leur reproche un manque d’autorité. C’est un serpent qui se mord la queue !
A ce manque de reconnaissance de leur fonction s’ajoute le manque de reconnaissance de leurs méthodes. Nous traversons aujourd’hui une période de crise où l’on ne sait pas très bien « qui doit enseigner quoi », comme le montrent les multiples réformes de l’enseignement.
Les méthodes sont sensées être trop peu directives. La méthode « globale » d’apprentissage de la lecture est sur la sellette alors qu’elle n’est plus utilisée telle quelle ! On ne peut pourtant pas balayer d’un revers de main quelques décennies de réflexion sur les méthodes en pédagogie. Elles ont produit une avancée notoire dans la compréhension de l’enfant et dans l’adaptation de méthodes spécifiques à chaque tranche d’âge.
Devant cette crise idéologique ou pédagogique , les parents protestants que nous sommes choisissent parfois l’enseignement privé. Mais n’oublions pas le droit chèrement acquis au 19ème siècle par nos pères d’une « école publique et gratuite » .
Personnellement, j’ai plutôt fait le choix de m’investir en tant que représentante-parent d’élèves dans le collège public du quartier « Zep » où nous habitons. Mon engagement catéchétique me porte naturellement vers les questions pédagogiques. Mon but est d’épauler et non de critiquer les enseignants qui se démènent dans ces quartiers à fort pourcentage d’enfants défavorisés, souvent stigmatisés par les médias. En tant que déléguée, déplorant souvent une réduction de moyens alloués aux établissements, je note cependant des initiatives intéressantes et innovantes comme le projet « Ambition-réussite ».
Malheureusement, ce dispositif ne concerne que trop peu d’établissements, car il suppose des moyens supplémentaires octroyés par l’Education Nationale. Un délégué est un porte-parole, j’espère donc être un peu « prophète » à mes heures pour dénoncer, par exemple, certaines incohérences telles qu’envoyer un professeur pour son premier poste faire cours dans un quartier difficile à des classes de 27-30 élèves. Doit-on alors s’étonner qu’à certain moment « bahut » rime avec « chahut » ?
L’année 2007, « année de l’enfant », verra-t-elle une prise de conscience de l’importance d'une meilleure collaboration pédagogique pour que chaque enfant, chaque jeune, si important aux yeux de Dieu, trouve sa voie et que les professeurs soient davantage reconnus dans leur mission éducative ?
Pascale Bittner