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Rechercher le bien de la cité

La récente campagne présidentielle a été une occasion de s’interroger sur notre projet de société. Les affrontements partisans n’ont d’ailleurs que peu de sens en dehors de cette interrogation sur ce notre « vivre ensemble ». On dit généralement qu’une image vaut bien des discours, nos gestes trahissant souvent plus manifestement les motifs qui nous meuvent et nous habitent. Certaines des images récemment diffusées sur nos écrans en tant que représentations de l’actualité, me semblent représentatives de l’état de notre pays. Une citation tirée de Saint Augustin balisera notre réflexion sur le bien commun. « Le peuple est une réunion d’êtres raisonnables qui s’unissent afin de jouir paisiblement ensemble de ce qu’ils aiment. Pour savoir ce qu’est chaque peuple, il faudra examiner ce qu’il aime. Toutefois, quelque chose qu’il aime du moment qu’il y a une réunion, non de bêtes, mais de créatures raisonnables, unies par la communauté des mêmes intérêts, on peut fort bien la nommer un peuple, lequel sera d’autant meilleur que les intérêts qui le lient seront plus nobles et d’autant plus mauvais qu’ils le seront moins. » (La cité de Dieu, XIX, 24)
Un peuple se définit par son orientation commune vers des intérêts ou des valeurs qu’il partage. C’est ici le bien commun auquel nous aspirons, afin d’en jouir paisiblement. Toutefois, la qualité de notre vie en société dépend du type de bien que nous poursuivons. Dès lors, quelles sont les valeurs qui fondent notre « vivre ensemble » ?
Les heurts entre policiers et militants récemment survenus lors d’interpellations de sans-papiers trahissent une certaine idée du « bien commun » ; la notion de « commun » étant ici l’enjeu principal. Les policiers, en tant que force de l’ordre, exécutent une mesure politique – le renvoi de sans-papiers – dans laquelle ne se reconnaissent pas – ni dans cet usage de la force, ni dans cet ordre – les militants. Reste à savoir quelles sont les valeurs qui animent cet ordre.
Des considérations économiques, éventuellement « nationales », plutôt que des motivations humanitaires ou simplement humaines, semblent dicter les mesures administratives et policières. Ces mesures reposent sur le principe de l’exclusion : le sans-papiers ne peut partager notre communauté sous peine de mettre en péril nos intérêts (économiques). C’est une manière de rechercher le bien de la cité.
À ces politiques de l’exclusion répondent des gestes de paix, comme celui de cette famille parisienne qui accueille deux adolescentes en situation d’irrégularité, regroupe ses trois enfants dans une chambre, afin d’offrir un espace à ses hôtes. Pendant plus de quatre mois, ces catholiques français veilleront sur le bien-être de ces pentecôtistes africaines, leur foi en un Dieu qui nous accueille les ayant conduits à s’engager pour inventer une nouvelle manière de « vivre ensemble », par-delà les différences culturelles ou les tracasseries policières. Une autre manière de rechercher le bien de la cité.

Philippe Gonzalez