La démocratie ne tombe pas du ciel
En République Démocratique du Congo, le second tour des élections présidentielles a eu lieu le 29 octobre dernier. Retour sur un processus électoral délicat et qui constitue une première dans ce pays depuis 45 ans. Le 30 juillet 2006, les élections ont eu lieu. Le tout s’est passé dans un calme presque inattendu et sans trop d’imprévus, de dérapages ou de violences. Lors de l’annonce des résultats provisoires le 20 août, il n'en a malheureusement pas été de même. La Cour suprême a confirmé les résultats finaux. Le président en exercice Joseph Kabila a recueilli 45 % des voix et Jean-Pierre Bemba, un des vice-présidents, 20 % . Ces deux candidats se présenteront au deuxième tour le 29 octobre. Ce même jour seront élus les gouverneurs et les députés provinciaux. Les 500 députés nationaux ont été élus le 30 juillet.Lors de mon séjour en RDC pendant les six premiers mois de 2006, j'ai travaillé à l'organisation de la venue d’observateurs internationaux en vue des élections. Il s'agissait d'informer les partenaires occidentaux, ainsi que les Églises membres de l’Église du Christ au Congo (ECC), sur le processus électoral et de cordonner la mise en place d'observateurs électoraux nationaux. L'ECC était en contact avec la Commission Electorale Indépendante, la Mission de l’ONU au Congo, des ONGs, des personnes du parlement, des responsables de partis politiques et de différentes organisations de la société civile congolaise.
Durant les dernières semaines de séjour, ma tâche principale a consisté à former des observatrices et observateurs nationaux, ainsi qu’à sensibiliser les citoyennes et citoyens sur le processus électoral.La plupart des Églises de RDC ont donc largement pris part au processus électoral.
Dans Proverbes 29, 18 il est écrit : « Un peuple sans vision, sans révélation prophétique n’a pas d’avenir et vit dans le désordre». Positivement, cela signifie qu’un peuple avec une vision, un peuple qui est habité par une révélation prophétique, cherche le bien de son pays. C’est un peuple qui s’oriente et vit d’après les commandements de Dieu. Il vit en conformité avec la volonté de Dieu, révélée et vécue par l’homme de Nazareth que nous confessons Seigneur et Frère.
La plupart des Églises congolaises ont une vision pour leur nation. Une majorité des responsables d’Église sont conscients du moment historique (kairos) dans lequel ils vivent. Le peuple congolais et en particulier les chrétiens et chrétiennes sont devant un défi considérable. Le Christ, qui est garant de toute vie nouvelle et abondante, exige que les responsables des Églises ainsi que tous les fidèles se lèvent, se prennent en charge et travaillent pour le bien de ce peuple si longtemps humilié, bafoué, exploité. Que les Églises deviennent la voix des plus démunis, qu’elles aient le courage de s’opposer aux injustices, à la corruption politique et économique, voilà une tâche que se sont donnée nombreuses d’entre elles.
L’engagement des chrétiennes et chrétiens s'exprime fort bien dans cette parole qui est devenue un slogan en vue des élections: « Une seule voix peut mener vers la rive ou vers la dérive ». Une rive qui peut aboutir à une démocratie à visage africain : une société dans laquelle la culture, les traditions et les valeurs africaines sont prises en considération.
Accompagnons nos frères et sœurs congolais, ainsi que la population, par notre prière. Elevons nos voix dans nos pays contre des fonctionnements économiques et une politique trop souvent injustes vis-à-vis des peuples africains.
Daniel Geiser-Oppliger, pasteur à la retraite, Tolochenaz (CH)