Elections en République Démocratique du Congo : défi pour la démocratie ou défi pour l’Église?
Avec un référendum constitutionnel organisé le 18 décembre dernier et des élections générales prévues au printemps, l’activité civique bat son plein en République Démocratique du Congo (RDC). Il s’agit des premières élections libres depuis 45 ans, et celles-ci ont lieu après une série de graves conflits ayant entraîné la mort de quatre millions de personnes ces dernières années...
Démocratie tous azimuts
Au vu de ce contexte, il va de soi que les Congolais abordent l’échéance avec un mélange d’espoir et d’appréhension, sinon de scepticisme. Comment combattre la corruption ou instaurer un réseau sanitaire décent ? Par quels moyens développer l’économie ou établir un système judiciaire performant ?
L’enjeu et la signification des élections dépassent la tenue d’un simple scrutin. Au vu des dernières décennies, l’absence même de démocratie a été un facteur déterminant d’instabilité et de conflits violents. L’inscription de plus de 23 millions de citoyens dans un pays vaste comme l’Europe de l’Ouest démontre à la fois la volonté des Congolais de tourner la page de la guerre et l’engagement de la communauté internationale dans le processus de transition.
Des Églises en mission
Dans la situation actuelle, les Églises ne sont pas en reste, loin s’en faut. Lorsque l’État fait défaut, les organisations religieuses comblent le vide par des structures et des réseaux aussi vastes que le territoire. Elles sont proches de la population et demeurent très écoutées. C’est ainsi que les Églises catholique et protestante se trouvent aujourd’hui en position de contribuer de manière positive à la transition, à tel point que l’avenir politique dépend en grande partie de leur capacité à être des agents de paix et de réconciliation.
C’est le rôle que s’efforce de jouer par exemple l’Église mennonite au Congo avec le soutien d’organisations telles que le Comité Central Mennonite (MCC selon le sigle anglais). Alors que l’effervescence électorale monte, les confessions religieuses s’efforcent de répondre à la demande considérable d’informations des fidèles en diffusant une version vulgarisée de la Constitution. Les Églises s'attachent également à former des médiateurs et des observateurs électoraux qui interviendront dans les quelque 9000 bureaux de vote à travers le pays. Ces observateurs veilleront au bon déroulement du scrutin, un élément essentiel pour valider la légitimité des élections.
Les activités des Églises sont très importantes dans le processus de réconciliation nationale après la guerre. Certaines institutions gouvernementales, tel le "Comité vérité et réconciliation" connaissent effectivement des blocages financiers ou administratifs qui empêchent le déroulement du travail de réconciliation.
La formation d’observateurs et de médiateurs pour les élections, la promotion du dialogue et l’éducation civique des fidèles constituent ainsi autant des gestes chrétiens… que des actes citoyens. Défi pour les Églises congolaises, la transition démocratique pose aussi la question de la solidarité et de la compassion des Églises des pays dits " du Nord ". L’engagement des chrétiens doit être à l’image du message de l’Évangile : universel.
David Blough,
directeur intérimaire (jusqu'en décembre 2005)
du bureau du MCC aux Nations unies,
New-York
directeur intérimaire (jusqu'en décembre 2005)
du bureau du MCC aux Nations unies,
New-York