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Cette actualité qu'on nous fabrique

Qu’est ce que l’actualité ? Est-ce ce qui a des conséquences sur notre quotidien, ou est-ce ce dont « on » parle ?
Dans le premier cas, ce peuvent être des découvertes ou des décisions restées discrètes, mais dont les conséquences seront fondamentales. La publication des thèses d’Einstein a eu des conséquences considérables dans notre actualité, mais sur le moment, seuls quelques spécialistes y ont vu un potentiel d’innovations majeures.

Dans le second cas, l’actualité est aujourd’hui décidée par les groupes médiatiques, particulièrement par la télévision. Nous sommes alors tributaires des choix opérés. Ces choix, entre ce que l’on montre et ce que l’on cache, sont fortement liés à la visibilité de l’événement. Il faut des images et cela conduit à une mise en scène des faits. L’actualité devient alors facilement « people». Les jours qui ont précédé le décès du pape ont été révélateurs. Les télévisions ont vu venir dans le décès de cet homme exceptionnel, un événement hautement médiatisable. Il fallait donc être là avant les autres, la compétition entre les groupes médiatiques l’exigeant. Mais alors il n’y avait encore rien à montrer juste une fenêtre vue sous tous les angles. Le Pape a eu la politesse de mourir assez vite. Que serait-il advenu si sa mort avait pris des semaines ?
En vérité la télévision nous trompe. Elle se présente comme un témoin objectif des faits du monde. Mais c’est faux, elle est tout, sauf cela. Elle n’a pas d’autre choix que de présenter SON phénomène, c’est à dire ce qui apparaît sous la lumière qu’elle même projette. La télévision aujourd’hui crée l’actualité. Elle décide de ce qu’est l’actualité. Les autres médias ne peuvent que suivre. Les obsèques de Jean-Paul II ont représenté par excellence un phénomène télévisuel. Tous les éléments y étaient concentrés : une extraordinaire émotion populaire, des images rares, élégantes, baroques. Le rassemblement de personnalités politiques, certaines a priori hostiles à d’autres. En fait ce n’est pas le décès du pape qui a rassemblé le gotha, mais bien sa médiatisation. Beaucoup étaient là, non parce qu’ils partageaient l’émotion spirituelle et humaine du pèlerin de la rue, ni qu’ils partageaient les combats du défunt, mais parce que c’était le lieu où il fallait être vu pour attester sa légitimité : « vu à la télévision », comme un vulgaire pot de yaourt. L’annonceur, lui, paye chèrement ce « droit de passage ».
Deux brèves conséquences :
• Je ne sais rien de la vérité de ce témoin du Christ, si plein de paradoxes, que fut Jean-Paul II, si ce que je sais se réduit à ce que la télévision a montré. Un bilan demande toujours de la distance dans le temps, cinquante ans disent les historiens !
• L’image télévisuelle, surtout dans son impressionnante puissance d’excitation émotionnelle est toujours un appauvrissement de la vérité. Elle ne peut toucher qu’au reflet et le multiplier, montrant la surface en prétendant que c’est la profondeur.
Richard Gelin
pasteur de la FEEB à Bordeaux