Joindre l’utile à l’équitable
Dieu a toujours pris le parti des plus faibles et nous avons tous le souci d’un monde plus juste. Le commerce équitable est un moyen de restaurer une économie solidaire. C’est aussi un choix de consommation responsable qui dépasse l’acte de consommer.
Nous vivons dans un monde où des millions de gens sont englués dans la pauvreté parce que les lois du commerce international ne leur sont pas adaptées. A Haïti, la plupart des cultivateurs de riz ont perdu leurs sources de revenus à cause des importations américaines à bas prix qui ont inondé le marché. Au Sénégal, les cultivateurs d’oignons ne peuvent pas faire concurrence aux oignons subventionnés importés de Hollande. Les exemples de ce type sont nombreux…
Au mois d’avril dernier, la « Semaine mondiale d’action sur le commerce » soutenue par le Conseil œcuménique des Eglises, proposait un certain nombre d’actions pour interroger les règles et les pratiques actuelles du commerce international. Des manifestations et des pétitions ont interpellé les instances du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) pour que soient mises en place des règles donnant la priorité aux droits de l’homme, à l’environnement et à la justice économique.
En tant que chrétiens, même si nous ne sommes pas compétents dans des domaines aussi spécialisés que le droit international et l’économie, nous avons le devoir d’être les promoteurs d’une société plus juste. Car Dieu a toujours pris le parti des pauvres et des plus faibles. La Bible rapporte de nombreux cas d’injustice qui pourraient tout à fait dépeindre la situation mondiale actuelle. Elle ordonne un paiement équitable, des relations transparentes, le respect de la vie, la protection des veuves et des orphelins. Ezéchiel et Esaïe[1] ont prononcé des paroles dures contre l’ancienne cité de Tyr où les riches exploitaient les pauvres et où les gens avaient faim…
Du commerce, pas de la charité
Concrètement, dans notre vie de tous les jours, il y a un moyen de participer à la restauration d’une économie plus solidaire : le commerce équitable. Les principes en sont relativement simples : en éliminant le plus possible les intermédiaires, en rétablissant la transparence des transactions et en sachant exactement d’où viennent les produits, il devient possible de commercer dans le respect des droits de chacun. Le Commerce équitable contribue ainsi au bien-être des producteurs par un revenu décent et à celui des consommateurs par des produits de qualité. Il lutte aussi contre la polarisation Nord-Sud et minimise les disparités.
« Traid no Aid » (du commerce, pas de l’assistanat), dit la devise du Commerce équitable. En effet, il ne s’agit pas là d’une activité bénévole ou charitable, mais d’une authentique activité économique avec des besoins en personnel qualifié dans des secteurs comme la gestion, la communication, l’agro-alimentaire, etc. Pour obtenir le label « Commerce équitable », les petits producteurs doivent se regrouper en coopérative démocratique – un homme = une femme = une voix est le principe de base. Un revenu fixe avec préfinancement leur est alors garanti : pour le cacao, par exemple, dont le cours a chuté de 2000 $ la tonne dans les années 80, à 800-900 $ la tonne aujourd’hui, le revenu garanti par le Commerce équitable est de 1600 $ la tonne. Ce prix inclut une aide au développement de 150 $ la tonne dont l’utilisation est décidée en Assemblée générale de la coopérative.
Pour attirer le consommateur, la grande distribution a écrasé les prix… et les producteurs. Mais aujourd’hui les produits du Commerce équitable se trouvent dans la plupart des moyennes et grandes surfaces. Ce ne sont pas des denrées de luxe, destinées à une élite et plus on en consommera, plus les prix baisseront. En outre, c’est l’intérêt grandissant des citoyens pour de nouvelles formes économiques qui incitera les gouvernements démocratiques à voter des lois plus justes.
Patricia Rohner-Hégé (journaliste)
[1] Ez. 28.3-18 et Es. 23.1-17