1905-2005 : UN CENTENAIRE AGITE
Voilà bientôt cent ans qu’aura été adoptée la loi dite de « séparation des Églises et de l’État » (9 décembre 1905) qui a marqué un changement profond de la société française dans son rapport au religieux. En cette année de centenaire, la littérature abonde sur le texte, son évolution et son application, ce qui est bien normal. Ce qui l’est moins, c’est la vive polémique que suscite son interprétation aujourd’hui, polémique qui se traduit ici ou là en actions contestables.
Faits préoccupants
Voici un aperçu des attitudes discriminatoires subies ces derniers mois par les associations cultuelles et leurs œuvres sociales : refus de plusieurs Caisses d’Allocations Familiales de verser les Bons Vacances à des colonies d’inspiration religieuse, dénonciation de contrats d’assurance au motif que des compagnies d’assurance ne veulent plus prendre en charge le risque religieux (?), tracasseries administratives concernant ici l’autorisation pour telle association cultuelle de recevoir des dons et legs, et là l’ouverture de lieux de culte pour telles autres sous prétexte de règles d’urbanisme soudainement remises en vigueur. Et le dimanche 6 février dernier, ce fait choquant aux portes de Paris : le député-maire d’une ville a interrompu le culte d’une Église Évangélique en exigeant du prédicateur la preuve écrite immédiate de la conformité du bâtiment aux normes de sécurité. Il a ainsi violé une première fois les dispositions de la loi 1905 qui punit toute interruption de l’exercice d’un culte (art. 32).
La tentation du retour aux cultes reconnus
Puis découvrant que cette Église était membre de la Fédération Protestante de France, il a immédiatement retiré son exigence au motif que le label FPF lui suffisait. Deuxième violation de la loi 1905 puisqu’il a, par ce traitement de faveur, nié le cœur même de ce texte qui dit en son article 1er que « La République ne reconnaît… aucun culte ». À la décharge de cet élu, reconnaissons qu’en ces temps de troubles religieux, la tentation est forte de retourner à une situation de cultes reconnus et finalement encadrés par la République.
Séparation ou liberté ?
Pour rassurant que puisse paraître cette solution jacobine, elle n’en est pas moins perverse. D’abord parce qu’elle remet en cause un dispositif qui a permis l’expression paisible d’un vrai pluralisme religieux en France. Ensuite parce qu’elle attente à une notion chère au cœur des chrétiens et des républicains que nous sommes, à savoir celle de la liberté de conscience et de culte. Ce n’est d’ailleurs pas rendre justice à l’esprit de cette loi que de l’appeler « loi de séparation des Églises et de l’État » selon certains spécialistes. En effet, et sans nier que l’idée d’une séparation est bien présente dans le texte, c’est d’abord et nommément « la liberté de conscience » et « le libre exercice des cultes » que cette loi défend (art. 1er).
Fermeté et sérénité
Malgré cette agitation, restons à la fois fermes et sereins. Fermes dans la défense de la liberté religieuse pour tous et sereins face aux sectarismes « laïques » prônés par certains responsables politiques ou administratifs. À ma connaissance, ils restent minoritaires et surtout le droit d’exercer librement notre culte est toujours garanti et le recours à la Justice toujours possible pour défendre cette liberté.
Étienne Lhermenault
S.G. de la FEEBF