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Ré-apprendre à regarder les pauvres

Vous avez toujours les pauvres avec vous et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais moi, vous ne m’avez pas toujours… Cesbron écrivait que c’était là la plus triste prophétie de la Bible. Le Deutéronome dit : “ il n’y aura pas de pauvre chez toi ” (15.4), pour ajouter aussitôt (15.11) : “ Il ne manquera pas de pauvres au milieu du pays, c’est pourquoi je te donne ce commandement : tu devras ouvrir ta main au pauvre ”.

Il n’aurait pas dû y avoir de pauvres en Israël. Mais il y en avait. Alors, il fallait les reconnaître. Et les aider.
Il ne devrait pas y avoir de pauvres dans nos pays riches Mais il y en a. Il y a des mal logés et des sans logis à côté de maisons vides, des gens entassés qui logent chez un tiers, avec tout ce que cela comporte de promiscuité, de gêne. Il y a ceux qui logent dans des foyers ou des hôtels sociaux, ou qui trouvent d’autres solutions, mais des solutions qui ne seront jamais de vrais logements. Le plan Borloo va dans le bon sens avec les 500 000 logements sociaux prévus, (à condition que les municipalités jouent le jeu, ce qui n’est pas assuré) et avec les 200 000 logements qui doivent être démolis et reconstruits, même si le “ transfert ” d’un logement dans l’autre n’est pas si facile que ça. Il y a des affamés à côté de stocks de nourriture. Plus de 4 millions de français vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Les restos du cœur distribuent des centaines de milliers de repas. L’Armée du salut et d’autres associations distribuent de la soupe comme il y a 100 ans.
“ Le bon Dieu ne fait pas tous les pauvres ” dit-on dans certains milieux où l’on veut dire que parfois la pauvreté est la conséquence d’une mauvaise gestion du budget familial, personnel, ou le fruit de l’alcoolisme par exemple, ou la conséquence d‘une mauvaise politique nationale ou régionale. On essaie ainsi d’échapper à cette vision des pauvres envers lesquels nous aurions une responsabilité.
Parler de pauvreté, n’est pas trop grave, ça se résume le plus souvent à parler chiffres, statistiques, économie, politique. Parler des pauvres est autrement plus émouvant. Certains pensent qu’il ne s’agit pas de succomber à l ‘émotion devant un cas dramatique de famille sans logement, mais qu’il faut parler de pauvreté comme d’un mal de la société pour mieux le cerner et mieux le combattre, et pourquoi pas l’éliminer. Sauf, que nous savons aussi à quel point cela peut devenir un prétexte pour ne pas voir le pauvre à notre porte. La pauvreté devient un thème de nos magazines ou de nos colloques. On en a parlé. Ou bien on arrive même à partir de quelques paroles de l’Evangile à se persuader que c’est une vertu d’être pauvre, et de là à faire des pauvres les héros, les saints, il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, il y avait un peu de cela dans la façon pas si lointaine dont l’Eglise traitait ses missionnaires ou ses pasteurs.
On a célébré le 60° anniversaire de la libération des camps d’extermination. Plus jamais ça ! Mais l’abbé Pierre vient de marquer le 50° anniversaire de son appel “ mes amis au secours, j’ai vu une personne qui couche dehors ! ”. Et ce cri-là est toujours actuel.
Alors, en quoi cette actualité nous concerne-t-elle ?
Sur le long terme, il faut élire des hommes et des femmes qui mèneront une bonne politique (la moins mauvaise en tout cas), du logement et du travail. On peut s’intéresser et voir comment faire quelque chose dans le cadre du mouvement altermondialiste.
A moyen terme on peut participer à des actions sociales avec des associations telles que l’Armée du Salut, le SEL, ATD Quart Monde, la Fédération de l’entraide protestante, la Cimade etc…
A court terme, c’est le geste de “ charité ”. L’aumône. Et je sais bien qu’il y a là, surtout à Paris ou dans les grandes villes un marché de resquilleurs, et d’escrocs.
Sur un plan plus personnel, c’est notre regard sur le pauvre qu’il faut changer. Il est toujours condescendant et rarement compatissant.
Et dans le domaine communautaire, il faut penser aux pauvres, démunis, mais aussi aux revenus moyens qui ont du mal à participer à des activités (voyage, colonie de vacances, livres, cinéma…) qui nous paraissent si naturelles ! On peut aussi en communauté continuer la réflexion personnelle sur les engagements possibles en collaboration avec les oeuvres et les mouvements divers.
Daniel Poujol
pasteur retraité