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Accueil Actualité Une actualité qui dure

Qui dit actualité dit événement, surprise, éphémère. L’actualité de l’été ce fut par exemple, entre autres les jeux olympiques, ou la célébration du 60e anniversaire de la libération de Paris. Et d’actualité en actualité on surfe sans avoir le temps de comprendre, de réfléchir, à fortiori de réagir. Mais l’actualité ce peut être aussi quelque chose de permanent. Toujours valable, toujours actuel, toujours interpellant.

J’ai choisi à l’occasion du trentième anniversaire de l’ACAT 1 de nous rappeler cette horrible actualité des traitements inhumains infligés dans des dizaines de pays, et malheureusement parfois à l’intérieur de nos frontières européennes ou même françaises. Pas de quoi nous donner le moral pour cette fin d’année, soupireront peut-être quelques-uns…Au contraire, dirons-nous, plutôt que de fermer les yeux et de se boucher les oreilles à l’évocation de ces terribles nouvelles, apprenons, ou rappelons-nous que nous ne sommes pas totalement impuissants pour y apporter une réponse digne de nos convictions et de notre engagement chrétiens.
Ne pas rester spectateurs
Le 6 juin 1974, à Versailles, les fondateurs de l’ACAT décident de dire non, de ne plus baisser les bras, de s’engager contre la torture. Prenant appui à la fois sur l’Évangile et sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme signée par 184 pays et précisant que « nul ne sera soumis à la torture ni à des traitements inhumains, cruels ou dégradants », des chrétiens catholiques, orthodoxes, protestants, fondent donc l’ACAT, qui deviendra par son affiliation à la FIACAT 2, membre consultatif de l’ONU. Par des lettres présentant des cas précis de personnes torturées ou menacées d’exécution capitale, et par la prière, les membres de l’ACAT participent à cette lutte incessante.
Une information crédible est fournie régulièrement, provenant des Eglises ou des associations des pays concernés. Certaines descriptions sont difficilement supportables, mais rien n’est donné pour émouvoir gratuitement. Tout est présenté pour informer le plus complètement possible afin que la mobilisation soit soutenue. Depuis les attentats de New York (là, on parlait d’actualité !), et depuis les attentats de Madrid, sous couvert de lutte antiterroriste, les droits des prisonniers sont de plus en plus bafoués, les mauvais traitements parfois justifiés officiellement. Peu de monde s’en émeut, ou alors quand on ne peut plus le cacher comme ce fut le cas cette année dans les prisons en Irak. Ce n’est pas assez « actuel » pour qu’on en parle, sans doute. Qu’il s’agisse du Mur en Palestine, des prisonniers de Guantanamo, de la remise en pratique de la peine de mort dans certains pays qui avaient accepté un moratoire, qu’il s’agisse des tribunaux enlisés au Rwanda, des lois liberticides votées dans des démocraties ou des menaces de génocide dans 13 pays, les exemples sont trop nombreux pour ne pas admettre qu’il y a là un réel sujet d’actualité qui nous questionne et nous appelle.
Par la prière, déjà s’engager
Comment réagir ? Comment ne pas se décourager ? Il faut se mettre ensemble. Il faut rejoindre ceux qui régulièrement écrivent des lettres, participent à des réunions d’information, et prient. La prière est un aspect important de l’ACAT. Loin d’être un alibi elle est un appel à l’action. Prier pour les torturés et les persécuteurs, c’est prier pour la libération des victimes et pour la réconciliation de l’Homme avec Dieu.
Face à une instrumentalisation de l’idéologie sécuritaire nous devons être de ceux qui veillent, qui protestent, qui crient s’il le faut. Et cela est tellement plus facile et plus efficace lorsqu’on le fait avec d’autres.
Nos paroisses peuvent aussi prendre la chose à cœur là où ce n’est pas encore le cas. On peut informer, on peut éduquer aux droits de l’Homme, et aux devoirs de l’Homme. On peut inviter un spécialiste pour une journée de sensibilisation.
Et pour ne pas rester dans le morbide, il faut bien souligner les cas de prisonniers libérés, de prisonniers dont la situation s’est améliorée, de condamnés sauvés de l’exécution après une campagne précise. Alors, en allant poster votre lettre, vos lettres chaque mois 3, vous saurez que vous agissez, que vous ne vous contentez pas de gémir, et votre prière sera encore plus confiante, et votre sommeil plus paisible….
Daniel Poujol
pasteur retraité de l'UEEL
1 Action chrétienne pour l’abolition de la torture.
2 Fédération internationale de l’ACAT
3 A une époque, le receveur des postes de notre village s’étonnait que j’écrive tous les mois à Brejnev…!