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Accueil Actualité PLUS JAMAIS ÇA ?

La canicule a tué des milliers de personnes l’été dernier. Mais est-elle la seule responsable ?
Après le désastre humanitaire lié à la canicule (15.000 personnes âgées mortes à cause d’elle pendant l’été 2003 en France), les pouvoirs publics ont semble-t-il pris toutes les mesures pour que cela ne se reproduise plus. C’est en tout cas ce qu’on nous répète.

Des moyens financiers conséquents ont été mis de côté et un certain nombre de services de l’État mobilisés pour éviter la reproduction d’un tel drame.
Désormais, hôpitaux et maisons de retraite doivent tous s’équiper en conséquence et disposer notamment d’un espace fraîcheur. L’État s’est engagé à financer 40 % de ces investissements en mettant sur la table 20 millions d'euros. Quatre niveaux d'alerte sanitaire sont définis. Au dernier échelon, le Premier ministre pourra réquisitionner si nécessaire les moyens de la Défense nationale.
Il y a bien des voix qui s’élèvent pour dénoncer le retard pris pour la mise en place de ces mesures, d’autres pour dire que les crédits annoncés depuis des lustres n’ont toujours pas été débloqués, ou que la carence en personnel pose des problèmes au quotidien, même sans canicule… Avouez que ce n’est pas très rassurant mais ce n’est pas ce qui m’interpelle le plus.
Ouvrons les yeux
Ce que je trouve inquiétant, c’est l’isolement dans lequel vivent des millions de personnes (âgées ou pas) dans nos pays. À tel point qu’il faut envisager un dispositif d'alerte particulier, dit "plan Vermeil", pour recenser les personnes âgées ou handicapées isolées. Ce qui me trouble encore plus, ce sont ces 57 victimes parisiennes de l’été passé dont les dépouilles n’ont jamais été réclamées par qui que ce soit. Et que dire de celles dont on n’a retrouvé la trace d’un parent qu’après des recherches laborieuses ? Ou de ces autres victimes, plus nombreuses encore, dont les enfants n’ont appris la mort qu’après leur retour de vacances ? Se consolera-t-on du fait que les premières ont eu les honneurs d’une cérémonie nationale à laquelle le Président de l’État était présent ?
On peut parier qu’en cas de nouvelle canicule, les choses seront mieux organisées et que les réseaux associatifs auront moins de difficultés à trouver des bénévoles pour apporter des brumisateurs aux personnes âgées (!). Mais n’est-ce pas un constat d’échec que de devoir en arriver là ? Comment se fait-il que tant de personnes soient dépourvues de relations avec d’autres ? Où est la famille ? Où sont les amis ?
Le chien se mord la queue
Ne serait-il pas temps de s’interroger sur les raisons profondes de cet état de fait ? La misère de la solitude dont souffrent tant et tant de personnes aujourd’hui n’est-elle pas le revers sinistre d’une médaille clinquante qui n’a pas dit son nom ? Quand le credo d’une société est le droit absolu à l’épanouissement de chaque individu et que celui-ci passe le plus souvent par le refus de s’engager ou de penser aux autres, faut-il s’étonner qu’on en subisse tôt ou tard les conséquences ? Assurément, le fruit est amer mais il était dans la graine.
J’ai bien peur que les améliorations matérielles imposées par l’État ne soient que l’arbre qui cache la forêt. J’ai de la peine également à concevoir qu’on fait face au problème posé en légiférant pour contraindre par solidarité à travailler un jour supplémentaire par an. Certes, il est du devoir de l’État d’agir à son niveau, mais si nous nous déchargeons systématiquement sur lui de nos responsabilités, nul doute qu’avec ou sans nouvelle canicule, les effets meurtriers de notre égoïsme se manifesteront tôt ou tard une nouvelle fois de façon dramatique. La canicule n’était qu’un révélateur du mal qui gangrène notre société. Qui le traitera ?
Assurément, les chrétiens n’ont de leçon à donner à personne, mais simplement un exemple à offrir.

Georges MARY
pasteur de la FEEB