¡ ASESINOS !
On nous avait appris que ce n’était pas beau de mentir. Sous cet angle, la sanction électorale infligée à José María Aznar en Espagne juste après les attentats du mois dernier a manifesté, pour une fois, une moralité remarquable des urnes.
C’est Jacques Julliard qui en a le mieux résumé les racines : « José Maria Aznar et le Parti populaire ont été punis par les électeurs non pour être entrés dans une guerre d’Irak que presque tout le peuple vomissait mais pour avoir essayé de tromper celui-ci à propos de l’origine des attentats de jeudi dernier. »1 On n’exploite pas impunément 200 morts et 1800 blessés.
C’est pourtant, hélas, ce qu’ont fait, à travers ce revers politique même, les vrais coupables, c’est-à-dire les terroristes. Avec leur déluge de feu, ils cherchent à faire la pluie et le beau temps dans nos choix politiques. On se souvient, en 1979, que les ayatollahs d’Iran n’avaient libéré leurs otages de l’ambassade américaine qu’après avoir obtenu la défaite de Jimmy Carter au profit de Ronald Reagan. Pour la suite, le nouveau premier ministre Zapatero, qui souhaite retirer les troupes espagnoles de la terre irakienne, aura bien de la peine à ne pas faire passer ce retrait pour une capitulation.
Mais que faire face au terrorisme islamiste ? Vu à la télé, un militant d’Al-Qaida interviewé dans une prison allemande était terriblement impressionnant : quel calme, quelle tranquille détermination ! On l’imagine bien reprendre à son compte ces paroles de l’apôtre Paul : « Ma vie m’importe peu, je ne lui accorde aucun prix ; mon but c’est d’aller jusqu’au bout de ma course et d’accomplir pleinement le service que le Seigneur m’a confié. »2 Paroles admirables, dira-t-on. Pas forcément. Car le sacrifice en soi n’a aucune valeur, comme Paul l’écrit ailleurs. Ce qui compte, c’est la noblesse de l’objectif : « …le service que le Seigneur m’a confié, c’est-à-dire, continue l’apôtre, de proclamer la Bonne Nouvelle de la grâce de Dieu. »3 Voilà qui change tout.
Ceux qui sèment la mort au nom d’Allah le Miséricordieux sont aussi peu respectables que les Croisés et les inquisiteurs qui massacraient et torturaient au nom de Jésus le crucifié - et certains discours ne sont pas loin de renouer avec cette trahison de l’Évangile qui plombe, encore aujourd'hui, les relations entre chrétiens et musulmans. Répliquer avec une intégrité sans faille et avec une force qui ne soit pas une contre-violence incontrôlée, opposer aux meurtriers « de droit divin » la force de principes issus en grande partie de la Bible, c’est un combat de longue haleine, et qui sera gagné seulement si notre vie publique et privée démontre que nous croyons nous-mêmes à ce que nous disons. Mais peut-être nos démocraties sont-elles déjà des coquilles vides ?…
Philippe Malidor
1 Le Nouvel Observateur du 18 mars 2004.
2 Ac 20.24.
3 Ac 20.24 suite.