Un train peut en cacher un autre
Il est des mots dont on ignore le sens, dont l’origine n’est pas toujours bien identifiée et qui, pourtant, se retrouvent au détour de chaque conversation. Effet de mode, pression médiatique ou véritable interrogation, chacun s’en saisit et use, quand il n’abuse pas, de ce vocable. Ainsi en va-t-il du mot laïc, qui peut aussi s’écrire laïque.
Ouvrez votre journal, écoutez la radio, regardez la télévision : il est dans toutes les bouches, sous toutes les plumes. Le débat s’est installé et chacun y va de son commentaire mais tous proclament haut et fort : « la laïcité est une valeur essentielle de la République ». Chacun s’accorde à reconnaître le bien fondé d’une telle attitude d’autant que l’Histoire nous instruit sur les effets pervers d’une trop grande connivence entre le sabre et le goupillon.
Où il faut bien parler du voile !
Il est vrai que la loi de 1905 mériterait quelques aménagements. Cela a déjà été dit en hauts lieux et il n’est pas la peine de revenir là dessus. D’ailleurs l’homme de la rue n’est pas très intéressé par les arguties mises en avant : il est plus sensible aux effets médiatiques du voile. Il faut bien en parler car la problématique qui se joue là peut nous mener bien plus loin que nous ne le pensons. Simplifions à l’extrême et notons que la question peut se poser en terme de liberté religieuse. La liberté religieuse ne peut se diviser et je vois mal comment nous pourrions interdire telle ou telle pratique tout en réclamant pour nous la liberté la plus totale. Le pouvoir politique n’est pas à l’aise avec cette idée là et, s’il reconnaît à chacun la liberté de conscience, il en limite l’expression dans la mesure où l’ordre public n’est pas troublé. La notion est plus que subjective ! Le paradoxe, c’est que l’État, qui se veut séparé du religieux, tente, dans le même temps, de dire à la religion quelles sont les limites qu’elle n’a pas à dépasser. La foi est pour lui quelque chose de personnel et donc de privé. C’est là que nous devons être attentifs et nous interroger. Qu’est ce qu’une foi que l’on cantonne à la sphère du privé ? Sous prétexte de préserver la paix sociale, on est en train de repousser de plus en plus à la marge le religieux. Ne soyons pas naïfs : la laïcité est, de plus en plus fréquemment, l’argument ultime pour empêcher l’expression publique de la foi. Hypocritement, on avoue en catimini que ces restrictions, dont nous pouvons être l’objet, n’ont de sens que dans la mesure où elles donnent aux politiques la possibilité de refuser telle demande formulée par l’Islam !
Cette différence qui fait peur...
La question se pose aussi en terme de cohésion sociale. Ce qui est en jeu, c’est la volonté de vivre ensemble dans le cadre de la Nation. La diversité fait peur et l’accent majeur porté sur l’individualité nous empêche une saine relation avec l’autre. Curieusement, chacun veut être soi, mais dans le même mouvement, dénie à l’autre le droit à la différence. La manière de traiter la question du voile, en mettant chacun au même niveau, peut paraître sage et raisonnable. Ce néo-manichéisme apaise sans doute notre inquiétude face à une réalité nouvelle. Il nous dispense d’une réflexion trop risquée et comble notre refus de penser le nouveau. Les valeurs du Christianisme ont donné à l’Occident une certaine conception de l’homme et des relations interpersonnelles. Le drame de notre société, c’est qu’en refusant le Christianisme, elle se coupe des bases sur lesquelles elle s’est construite. Cette attitude proche du refoulement n’est pas sans conséquence…
Qu'en est-il de la liberté d'expression publique ?
L’Édit de Milan déclarait, en 313 après J.C. : « il convient à la tranquillité dont jouit l’Empire que la liberté soit complète pour tous nos sujets d’avoir le Dieu qu’ils ont choisi et qu’aucun culte ne soit privé des honneurs qui lui sont dus ».
J’ai tendance à penser que nous sommes, en ce moment, témoins d’une de ces manœuvres dont nos sociétés ont le secret. Nous faire prendre des vessies pour des lanternes et croire qu’on favorise la paix en limitant l’expression.
J’ai tendance à penser que nous sommes, en ce moment, témoins d’une de ces manœuvres dont nos sociétés ont le secret. Nous faire prendre des vessies pour des lanternes et croire qu’on favorise la paix en limitant l’expression.
Stéphane Lauzet
pasteur