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Accueil Actualité Eloge de la discrétion

Championnats du monde d’athlétisme de Saint-Denis. Apparemment, il y a eu un incident. On ne court plus. Ordres, contrordres, confusion totale des journalistes. En fait, c’est un champion américain qui conteste sa disqualification pour faux-départ. Il semble que ce neveu d’Oncle Sam va parvenir à faire plier le règlement. Et puis non, le règlement résiste.

The show must go on

Le coureur se livre alors à une séance de larmesdont l’abondance est digne de celles du gorille de l’Île noire [NDLR : référenceà un tome célèbre de la série Tintin par Hergé]. Il agonise, se roule dansl’herbe. Puis il se ressaisit, fait son tour de cirque, exhibe agressivementses biceps. Il a retardé toute la compétition d’une demi-heure alors que,semble-t-il, son départ anticipé était flagrant. Jolie leçon de cinéma, surlaquelle la radio ne se privera pas d’ironiser le lendemain matin. Quant ausport…

Parailleurs, on apprend que ce sprinter, Jon Drummond,est un pur produit de l’usine à champions HSI (Hudson Smith International), dont la particularité est que la quinzained’athlètes qui s’y entraînent roulent tous pour Jésus. Leur carburant : lafoi. Des mauvaises langues disent que la marijuana a constitué un boncomplément. Du vocabulaire religieux plein la bouche, ces championsaffirment : « Nous sommes bénispar Dieu ». Jon Dummonddéclarait même : « Je me suisrendu compte que je ne suis rien sans le Christ. »[1]

Une petite lampe allumée

LeChrist se serait donc retiré de Drummond comme l’Eternel de Samson, naguère.Mais y-a-t-il quoi que ce soit de chrétien dans cette réquisition du Christ auservice du chronomètre, dans cette instrumentalisation de Dieu au profit dutiroir-caisse ? Il y a quelques années, j’étais de ceux qui seréjouissaient d’entendre des sportifs se réclamer du Christ. Certains, commeMichael Chang, ne semblent pas l’avoir déshonoré,mais ils sont rares. Depuis, je suis devenu beaucoup plus réservé. Par ailleurs,je regrettais parfois la réticence de certains chrétiens engagés sur la placepublique à témoigner ouvertement de leur foi. Je mettais cela sur le compted’un manque de courage, d’une sorte de honte du beau Nom de Christ. Là aussi,j’ai changé d’opinion, surtout en voyant que l’action de ces personnes serévélait à elle seule très éloquente ; il suffisait qu’on les sachechrétiens, voire qu’on le devine, sans plus.

LaBible New International Version traduit ainsi le Troisième Commandement (transposé ici en français) : « Tu n’utiliseras pas de travers le nom duSeigneur ton Dieu, car le Seigneur netiendra pas pour innocent quiconque utilise son nom de travers. »[2]A partir du moment où nousproclamons le nom du Christ, notre responsabilité est immense. Il y a des foisoù mieux vaut pécher discrètement plutôt que de mêler Dieu à nos singeries, ànos faiblesses, sur les stades ou ailleurs…

Usurpateur

Prenonsun exemple hélas trop connu. Quand George Bush témoigne que Jésus l’a guéri del’alcoolisme, son témoignage est respectable et même, en tant que tel,incontestable. En revanche, quand, fort de cette rédemption qu’il affiche, ils’en sert pour se présenter comme le chef du camp du Bien, comme le glaive del’Eternel destiné à châtier les impies qui osent s’en prendre à la« destinée manifeste » de l’Amérique, il outrepasse son rôle dechrétien (en admettant qu’il le soit), il exploite abusivement la bonté de Dieuà son égard.

Lorsquenous sommes amenés à faire des choix impurs, comme c’est presque toujours lecas, ayons au moins la décence de ne point y mêler le Saint Nom de l’Eternel.Assumons nos décisions, a fortiori quand on recourt à la tromperie et aux coupstordus. « Tu n’utiliseras pas le nomde l’Eternel ton Dieu pour tromper », disent la plupart destraductions récentes…

Vive 1905 !

Enfin,ces quelques remarques tirées du sport et de la politique peuvent nous conduireà réfléchir au concept de laïcité : en séparant le religieux du politique,ne constitue-t-il pas la meilleure approche du Troisième Commandement ?L’Evangile est affaire d’annonce et de témoignage, c’est tout. Inutile de leconvoquer en Formule 1, sur un maillot de corps ou à l’Assemblée Nationale.Inutile de l’ériger en champion de notre cause. Le Christ ne devrait pas être auxchrétiens ce que Goliath était aux Philistins.

Philippe MALIDOR
membre du comité de rédaction de Construire Ensemble

Cet article également paru dans lemensuel baptiste Construire Ensemble



[1] TéléObsdu 15 août 2003

[2] Ex. 20 :7