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Accueil Actualité Iniquité d'une guerre préventive en Irak

Au moment où j’écris ces lignes, la guerre en Irak n’a pas commencé mais je crains qu’il ne s’en faille de quelques jours ! Avec un déploiement de 300 000 hommes dans la région et après la virulence des discours américains à l’encontre du régime irakien, je vois mal comment le Président Bush ferait machine arrière… sans perdre la face. Et c’est bien là le côté tragique de cette guerre comme de presque toutes d’ailleurs, l’orgueil des dirigeants y joue un rôle important, plus important finalement que le prétendu bien des populations qu’ils gouvernent.

Il m’apparaît donc indispensable dedénoncer l’iniquité d’un tel conflit que certains baptistes (en l’occurrence laConvention Baptiste du Sud, la plus importante union baptiste des USA et dumonde avec 16 millions de membres) s’évertuent imprudemment à présenter commeune guerre juste. Je ne le fais ni par pacifisme de principe – j’admets lanécessité de la guerre en certaines circonstances – ni par réflexe anti-américain– j’apprécie à bien des égards l’apport de la culture américaine qui n’est pasaussi monolithique qu’on le croit de ce côté-ci de l’Atlantique -, mais parsouci pastoral.

L’iniquité, je crois la discernerd’abord dans la nature du discours qui est servi à la communautéinternationale. Prétendre incarner l’axe du Bien contre celui du Mal dans cetteaffaire, c’est tout à la fois méconnaître l’étendue de la corruption du péchéqui atteint toute l’humanité et vouloir annexer Dieu à ses projets. Bush, Rumsfeld, Powell,… pas plus que d’autres n’ont desmotivations entièrement pures ; bien des calculs inavoués mais imaginablesprésident aussi à leurs actions. Quant à Dieu, il est habilement poussé sur ledevant de la scène par les démonstrations de piété du Président ; c’estpeut-être payant électoralement mais risqué spirituellement. N’est-ce pasinciter nos contemporains à mépriser le Dieu Saint que de l’associer à ce quirestera en tout état de cause une source terrible de malheur pourbeaucoup ?

L’iniquité, je la discerne ensuitedans le peu de souci de justice de cette entreprise. Certes Saddam Hussein estun dictateur qui mérite amplement d’être jugé, mais quid alors de la populationirakienne qui paiera avec lui dans cette guerre et qui a déjà payé pour lui autravers de l’embargo ? La menace – toujours dénoncée, jamais démontrée –est-elle si grave qu’elle nécessite de se précipiter dans un conflit qui ferades dizaines de milliers de morts et finira de détruire un pays exsangue ?Et pourquoi faut-il aujourd’hui laver dans le sang l’affront d’un tyran qui n’arien à envier à ceux de Corée du Nord, de Chine, du Zimbabwe ou même de laRussie à l’égard de la Tchétchénie ? Non, j’ai beau chercher,je ne vois pas en quoi la justice avancera quand l’Occident aura prispossession par les armes des rives de l’Euphrate.

L’iniquité, je la discerne enfindans un pragmatisme à courte vue qui prétend par ce conflit combattre leterrorisme. Et de me demander si finalement avant même que la guerre soitengagée, ce ne sont pas les terroristes qui ont gagné. Sous prétexted’éradiquer la terreur, nous glissons insidieusement vers sa pratique : oncommence par traiter les prisonniers de Guantanamo au mépris des dispositionsde la Convention de Genève que l’on a signées, on continue en malmenant lesinstances internationales de paix que l’on s’est données et on finit en tuantdes civils innocents pour faire triompher le « Bien ». De telsévénements ne risquent-ils pas de nous conduire tout droit au choc des civilisationstant redouté ?

Parler d’iniquité peut vousparaître exagéré, mais j’avoue ne pas trouver d’autre qualificatif pour cetteentreprise insensée.

EtienneLhermenault
secrétaire général de la Fédération Baptiste