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Accueil Actualité Une nativité clonée ?

Au moment où j’écris on ne sait pas encore si c’est scientifiquement vrai mais on sait déjà qu’ils ont réussi… à faire parler d’eux . Il s’agit de la secte des raéliens, avec Brigitte Boisselier dans le rôle de l’ange Gabriel, qui a annoncé la naissance « miraculeuse » le 26 décembre du premier bébé cloné lequel a reçu le pseudonyme d’Eve !

Cetteannonce a beaucoup choqué et renforce l’opinion de ceux qui veulent faireadopter par l’ONU une résolution obligeant tous les Etats à condamner cettepratique. Mais au nom de quoi précisément condamner le clonage ? Car ilsemble que le clonage déclenche des fantasmes qui ont peu de choses à voir avecsa réalité.

Cloner, ce n’est pas photocopier l’homme car si lecloneur et le cloné ont la même ADN, ilssont deux personnes différentes. L’être humain est modelé par son histoirepersonnelle et, comme le dit Jean-François Mattei, « on ne peut pas clonerune conscience » ! La vision du clonage comme moyen de produire unearmée de sous-hommes dépersonnalisés est donc complètement fausse.

Quellesque soient les suites politiques juridiques et scientifiques de cette affaire,une question reste posée : quel sens donner à cet événement ?

Au nom de quoicondamner le clonage ?

Le philosophe EmmanuelKant a énoncé ce principe : l’homme ne doit jamais être considéré simplementcomme un moyen mais toujours comme une fin. Mais les parents stériles quirecourraient au clonage peuventrépliquer à bon droit qu’ils veulent un enfant pour lui même, comme une fin etnon comme un moyen.

On a parlé à propos du clonage de « crime contrel’humanité » par référence aux abominables expériences auxquelles se sontlivrés les médecins nazis sur des prisonniers. Pratiquer le clonage, n’est-cepas en effet prendre l’être humain commecobaye ? Les expériences sur les mammifères clonés ont montré que c’étaitune technique aléatoire, 1 à 2% de réussite, et dangereuse, il y a unemortalité pré et post-natale importante, de nombreuses malformations ou desanomalies génétiques indétectables. C’est faire naître un enfant avec unrevolver sur la tempe. Si un médicamenttesté sur l’animal produisait ces résultats, on n’autoriserait pas les essaissur l’homme. Pourtant l’argument n’est pas définitif puisque certains proposentsimplement d’attendre que la technique soit davantage au point.

Autre argument : les psychologues s’inquiètent dutrouble introduit dans la filiation. En effet les parents génétiques duclone sont en réalité ses grands-parents, le père relationnel donneur du noyauétant lui le jumeau de son enfant . La psychanalysteMonette Vacquin rappelle que « l’enjeu vital de la vie psychique, c’est de sedifférencier » ; or avec le clonage nous sommes en pleine confusion desidentités.

Du point de vue de la simple raison, ne devrait-on donc pasinterdire le clonage humain par principe de précaution ? Du point de vuechrétien, il est intéressant de voir que spontanément beaucoup voient ceclonage comme une transgression de l’ordre créé par Dieu. Il y a là un intéressant terrain de dialoguecar, ou bien l’homme est maître de toutes choses, y compris de l’homme, et l’onne voit pas pourquoi s’opposer au clonage, ou bien il y a un Créateur qui nousoblige à respecter sa création.

Quel sens donner àcette nativité clonée ?

La proximité de cette annonce d’une naissance clonée d’avecla fête de Noël invite à la comparaison. Jésus n’est pas le fruit des lubiesd’un couple de riches Américains mais du projet d’amour de Dieu pour les hommeset il est né dans une famille juive pauvre. Jésus est né pour les autres alorsqu’on sent bien qu’il y a quelque chose de très égoïste et de très narcissiquedans ce clonage annoncé. Et l’on pense àtous ces enfants abandonnés qui attendent des parents, et l’on pense à tous ces enfants qui meurentfaute de médicaments. On est scandalisé par cette recherche médicale coûteusemise aux service de desseins égoïstes alors quel’industrie pharmaceutique fait l’impasse sur certaines maladies parce que lesclients potentiels ne sont pas solvables. Cette nativité clonée est lecontraire de Noël, le signe d’une humanité qui se désolidarise et se replieégoïstement sur elle-même.

Luc OLEKHNOVITCH
pasteur

PS : un article à paraîtredans la revue « Théologie Evangélique » analysera plus avant lesquestions théologiques et éthiques posées par le clonage humain.