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Accueil Actualité Les nouveaux réactionnaires

Quelques journaux se sont inquiétés ces dernierstemps de ce que bon nombre d’intellectuels « semblentdésormais s’aligner sur les thèses dominantes les plus frileuses et les plusconservatrices »[1].Et de déplorer le « populisme », le « néoconservatisme »,le « national républicanisme », mais aussi le « nouveaupuritanisme », qui s’expriment dans le retour de thèmes oubliés tels quel’ordre, l’autorité, la restauration de valeurs, le culte des racines, lesidentités constituées.

Il y a sans doute là davantage qu’une réaction desprogressistes « canal historique » vis-à-vis des écrivains, desphilosophes ou des journalistes qui leur volent la vedette, anciens compagnonsd’armes pour plusieurs, qui partent en guerre contre des poncifs : dumouvement de libération sexuelle, à la culture de masse, en passant parl’engagement des intellectuels. Au nom de la levée des tabous et de la libertéde parole, toutes sortes de procès s’instruisent qui deviennent vite desplateformes pour l’expression de nouvelles idéologies pas toujours trèsrecommandables.

On peut bien par exemple mettre en garde contre« l’antiracisme institutionnel » sans reprendre pour autant larhétorique xénophobe : « Cinqskinheads violent une jeune Sri-Lankaise. Crime raciste. Cinq zulu-brothersviolent une jeune blanche. Drame des banlieues »[2].On peut aussi, autre exemple, dénoncer les expressions agressives de l’Islamsans stigmatiser tout ce qui est musulman.

Ceux qui dénoncent ces « nouveauxréactionnaires » semblent cependant avoir du mal à en tracer le contour età s’entendre sur ce qu’ils jugent condamnable dans leurs discours. Tout lemonde ne partage pas les mêmes évidences, et l’on prend vite conscience quel’on est toujours le réactionnaire d’un autre. Heureusement, « Certaines des flèches décochées parles nouveaux réactionnaires vont dans le mille, dès lors qu’elles touchent ceque l’idéologie progressiste ou les effusions humanistes peuvent avoir devermoulu ou de fallacieux. Chacun sait que notre époque est plutôt celle dudoute sur les certitudes d’hier » [3].

Mais qui dit « réaction » dit refus d’unprogrès, référence à un passé, valorisation plus ou moins consciente d’unmodèle rejeté. Quel est le passé qu’encensent les uns et que décrient lesautres, ou quel est le progrès qu’ils refusent ou exaltent ? N’est-ce pasfaire preuve d’idéalisme que d’identifier une période de notre histoire avec unâge d’or auquel il faudrait retourner ? La France, pays chrétien(l’a-t-elle jamais vraiment été ?), qui devrait retrouver sa gloirepassée. Est-ce que ce n’est pas également de l’idéalisme que de vouloir fairepasser pour des projets de société progressistes des idées qui se bornent àremettre en cause des façons de penser communes.

Faut-il prendre position dans ce débat entre« progressistes » et « réactionnaires » (pour ne pas direentre modernes et classiques) ? Le risque est toujours grand de nouslaisser enfermer dans des catégories qui ne nous conviennent pas. Lorsque l’onprend l’Evangile pour référence, bien des schémas s’avèrent inadaptés. Commentne pas se rappeler l’injonction de l’Apôtre Paul aux chrétiens de Rome : « Ne vous conformez pas à ce monde-ci,mais soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence, pourdiscerner ce qui est bon, agréé et parfait » (Rom. 12. 2).

Nous avons vite fait de nous laisser enfermer parles façons de penser dominantes de la société qui nous entoure, dans des moules- anciens ou nouveaux - qui conditionnent notre façon de voir les choses etnotre manière de vivre. L’Evangile est puissance de Dieu. Il est porteur d’unedynamique capable de nous libérer des schémas qui nous emprisonnent. Message desalut qui s’adresse à chaque personne, il peut aussi être un facteur detransformation pour la société. Il n’est pas une utopie (chaque époque a puvérifier que son message était très concret : William Wilberforce contrel’esclavage, Henry Dunant contre les conditions de la guerre, etc…), et en mêmetemps l’Evangile n’a peut-être encore jamais été pris suffisamment au sérieuxpour qu’on le qualifie d’idée du passé. Il n’a pas cessé de nous lancer desdéfis.

Olivier Risnes

pour PLV



[1] Intellectuels médiatiques,Le Monde Diplomatique, octobre 2002.

[2] M. Dantec, le Théâtredes Opérations, t.I : Journal métaphysique et polémique, Paris,Gallimard, 1999, p. 383.

[3] Daniel Lindenberg, Lerappel à l’ordre, La république des idées, Seuil, 2002, p.44.